Les superjobs de demain

D’ici 2025, les technologies numériques impacteront deux tiers des emplois. Peu disparaîtront réellement.

La révolution numérique est amorcée dans le monde du travail. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la robotique, des technologies cognitives et de l’intelligence artificielle mais les responsables des départements de ressources humaines, soucieux de la pérennité des emplois, voient ces technologies d’un mauvais œil. Selon KPMG, deux tiers des métiers seront affectés dans les années à venir. Certains disparaitront au profit de nouveaux, mais selon les conclusions rassurantes de deux cabinets de consulting: la majorité ne disparaîtra pas, mais évoluera. Et ces techniques prometteuses les pourraient les rendre… plus humains.

L’AUTOMATISATION: UN AMALGAME DE TROIS SCIENCES

Selon un enquête de Deloitte, 85% des chefs d’entreprise incluront les technologies numériques dans leur modèle d’affaire et, comme corollaire, remettront en cause l’organisation de leurs ressources humaines. Derrière ces terminologies scientifiques, comment notre futur univers professionnel se dessinera-t-il?

L’intelligence artificielle, déjà sollicitée par 18% des sondés, émet des prédictions
grâce à l’apprentissage profond et les réseaux neuronaux. La robotique, déjà répandue chez 22% des entreprises sondées, utilise les drones et les robots dans la fabrication, et automatise les tâches routinières. Près de 30% des sociétés sont en train d’explorer de nouvelles possibilités. Les technologies cognitives (déjà utilisées par 19% des répondants mais dont 40% étudient de nouvelles applications) couvrent les machines d’apprentissage automatique qui comprennent le langage humain comme les chatbots (des softwares de conversation), ou encore, reconnaissent des formes pour les applications de conduite sans chauffeur. Enfin, l’intelligence artificielle, déjà sollicitée par 18% des sondés, émet des prédictions grâce à l’apprentissage profond et les réseaux neuronaux. Près de 50% des entreprises s’y intéressent de près.

Les entreprises ont déjà commencé à investir, mais les conclusions de l’étude de Deloitte sont rassurantes: peu de jobs disparaîtront réellement. Seulement 13% des entreprises interrogées estiment que l’automatisation en éliminera un nombre important. Par contre, ils évolueront. Dans ce nouveau contexte professionnel, les ressources humaines devront se mettre à jour.

VERS DES ACTIVITéS PLUS HUMAINES

Nos nouvelles fonctions seront moins machinales, plus numériques et multidisciplinaires. En somme, plus intéressantes.

Les superjobs se concentreront sur les compétences exclusivement humaines,
auxquels les robots ne pourront jamais se substituer.

Selon KPMG, la révolution numérique ne déshumanisera pas le travail. Près de 62% des répondants utilisent l’automatisation pour éliminer le travail transactionnel et remplacer les tâches répétitives alors que 47% la sollicitent pour améliorer les pratiques existantes et la productivité. Et 36% pour réinventer le travail…

A mesure que les machines remplaceront les humains dans l’exécution des tâches routinières et peu intéressantes, les superjobs se concentreront sur les compétences exclusivement humaines, auxquels les robots ne pourront jamais se substituer, comme la résolution des problèmes, la créativité, l’interprétation de données, la communication, l’écoute, le travail en équipe et la capacité à créer de nouvelles connaissances. Des emplois plus flexibles et évolutifs aux nouvelles nomenclatures telles que «designer», «architectes» ou «analystes».

Au sein des postes revus et remodelés, les employés conjugueront les nouvelles compétences techniques liées au numérique avec celles, non techniques des emplois traditionnels. Pour KPMG, 50% d’entre eux seront impactés effectivement dans leur bien-être, leur dignité et leur sentiment de valeur au sein de l’entreprise.

Nos jobs nécessiteront bientôt des compétences plus affinées. Il est temps de se mettre à jour…

KPMG: The rise of the human

Deloitte: Global Human Trend, June 2019

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Le blues des millénials

Inquiets, pessimistes, désillusionnés: une étude de Deloitte dresse un portrait sombre des millénials.

 

© Keystone

 

La génération Y est perturbée. C’est la conclusion de la dernière enquête de Deloitte*, réalisée sur 24 pays auprès de 13’400 jeunes adultes nés dans les années quatre-vingt. En cause, les implications sociales des bouleversements technologiques. Selon Michele Parmele, Global Chief Talent Officer chez Deloitte, «de la récession économique à la quatrième révolution industrielle, les millénials ont grandi dans cette période unique où la connectivité, la vie privée, la mobilité sociale et le travail ont été chamboulés».

Baisse de confiance dans l’économie, le gouvernement et les médias

Malgré l’expansion économique, les progrès technologiques et l’amélioration des indicateurs de société, l’euphorie n’est pas au rendez-vous. Les millénials sont pessimistes sur l’avenir de l’économie mondiale et désabusés par les médias et les institutions politiques en place auxquels ils accordent peu de crédibilité. Symptomatique du malaise qui les habitent, ils sont plus préoccupés de l’état du monde et de la place qu’ils y occupent que ne l’étaient leurs parents.

L’étude relève également un scepticisme grandissant vis-à-vis du monde des affaires et de son leadership à l’heure où, pourtant, les opportunités professionnelles inédites s’intensifient et les «Chief Happiness Officers» se multiplient.

La philanthropie et les voyages ont pris le pas sur les désirs sociaux traditionnels comme l’immobilier et les enfants.

Pour Deloitte, des sentiments reflètent un mal-être plus profond qui est le moteur d’un besoin de changement sociétal. Les auteurs estiment que l’opinion des millénials à l’égard des entreprises s’est ternie parce qu’ils considèrent que ces dernières se concentrent trop sur leurs objectifs et insuffisamment sur leurs conséquences sociales. Au point où 49% des individus interrogés quitteraient leur emploi actuel s’ils en avaient la possibilité.

Paradoxalement, les millénials ne sont pas moins ambitieux que leurs aînés et plus de la moitié aspirent à devenir riches. Mais ils ont remis au goût du jour les marqueurs de succès. La philanthropie et les voyages (pour découvrir le monde ailleurs que sur leur smartphone?) ont pris le pas sur les désirs sociaux traditionnels comme l’immobilier et les enfants. Une autre enquête avançait même que la génération Y s’accouple moins que les précédentes. Il faut remonter aux années trente pour retrouver un tel phénomène. La faute aux réseaux sociaux?

Une dépendance aux réseaux sociaux

Ces jeunes adultes entretiennent une relation conflictuelle avec la technologie qu’ils ont adoptée dès leur plus jeune âge et dont ils comprennent pourtant aisément les avantages. Plus de la moitié des sondés ont répondu que les réseaux sociaux sont plus intrusifs que bénéfiques. Près des deux tiers ont confié qu’ils seraient en meilleure santé physique s’ils réduisaient le temps qu’ils y passaient. Plus éloquent encore, 60% ont déclaré qu’ils seraient plus heureux s’ils y consacraient moins de leur temps.

Soucieux de l’état du monde

Extrêmement préoccupés par le changement climatique et les problèmes environnementaux, les millénials auraient adapté leur façon de consommer (BIO) et d’investir (ESG) en soutenant les entreprises qui ont un impact positif sur la société. Les sondés ont majoritairement affirmé qu’ils n’hésiteraient pas à mettre fin à une relation commerciale si les pratiques de la société impliquée ne s’alignaient plus avec leurs valeurs.

La technologie a-t-elle évolué trop vite pour que les jeunes générations s’y adaptent sans tomber dans l’excès ? En dépeignant une génération perturbée, cette étude a le mérite de démontrer que progrès technologique et bonheur ne sont pas nécessairement synonyme.

Défendre le franc suisse, mais à quel prix?

Selon Thomas Jordan, les taux négatifs de la BNS pénalisent les fonds de pension, les banques et de nombreux produits d’épargne.

 

Thomas Jordan, Président de la direction générale de la BNS. ©Keystone

 

Lors de sa dernière assemblée générale, le 26 avril, la Banque nationale suisse (BNS) annonçait un bénéfice de 30,7 milliards de francs au premier trimestre, provenant principalement des réserves de devises étrangères (qui ont rapporté 29,3 milliards). Mais les résultats sur devises dépendent de conditions du marché sur lesquelles la Banque n’a aucune emprise. Pour mémoire, elle avait perdu 7 milliards en 2017.

L’institut monétaire intervient massivement sur les marchés des changes pour défendre la devise nationale d’une appréciation trop forte qui serait nuisible aux entreprises suisses exportatrices. Mais cette stratégie ne cesse de gonfler son bilan qui, selon le Président du conseil sortant, Jean Studer, a plus que doublé en sept ans (au 31 décembre 2018, il atteignait 817 milliards de francs). L’expansion du bilan contraint la BNS à renforcer continuellement ses fonds propres (et plus précisément la provision pour réserves monétaires, un volant de sécurité contre les pertes sur les devises lorsque les conditions de marché deviennent défavorables).

«La Suisse a résisté à la crise de ces 12 dernières années.»

Jean Studer s’est félicité de ce que «la Suisse ait résisté à la crise de ces 12 dernières années et que la politique monétaire non-conventionnelle reste appropriée ». Le taux d’intérêt appliqué aux avoirs à vue détenus à la BNS est fixé à – 0,75%. La BNS a ainsi permis à la Suisse de maintenir le cap grâce à sa politique de taux négatifs, mais au détriment des épargnants et de leur futur pouvoir d’achat.

Thomas Jordan, Président de la direction générale, observait par ailleurs que «les taux négatifs de la BNS pénalisent les performances des banques, des fonds de pension et de nombreux produits d’épargne». Cette politique a également favorisé des investissements immobiliers irréfléchis (dans une logique de financement bon marché) et élevé le niveau des prix des biens immobiliers, ce qu’Andréa Maechler, membre de la direction générale a justement souligné: «Les prix montent, le taux de vacance immobilière monte, cela crée un certain niveau de risque de correction des prix». Lorsque les taux redeviendront positifs, le marché hypothécaire pourrait imploser. Et les emprunts contractés, alors que le loyer de l’argent se renchérit, deviendront plus difficiles à rembourser. Est-ce cohérent avec le mandat de stabilité financière de la BNS?

L’institut monétaire reste déterminé
et exclut un retour rapide des taux positifs.

Les membres de la BNS sont lucides quant aux effets néfastes des taux négatifs. Mais pour l’instant, l’institut monétaire reste déterminé et exclut un retour rapide des taux positifs. Selon certains analystes, elle ne normalisera pas sa politique monétaire avant 2020. D’autant plus qu’elle reste dépendante des décisions de la Banque Centrale Européenne (BCE). Selon Irina Martin, économiste à la Banque Migros: «Il est très improbable que la BNS relève ses taux avant la BCE afin de ne pas rendre le franc plus attrayant par rapport à l’euro». Depuis décembre 2018, le franc s’est légèrement déprécié en valeur pondérée par le commerce extérieur. Mais à quel prix?

Le grand défi de la BNS sera donc de sortir de sa politique de taux négatifs en limitant la casse. Selon Jean-Paul Jeckelmann, CIO de la Banque Bonhôte, «avec un bilan de cette importance, des petits mouvements de 10% auront de gros effets. Cela pourrait créer aussi bien des secousses sur les marchés que des pressions politiques».

Volte-face de la Fed

Mardi, Donald Trump réclamait une baisse des taux d’intérêt. En vain. La Fed clôt mercredi sa troisième réunion du FOMC de l’année avec une annonce de statu quo. Elle prouve ainsi son indépendance vis-à-vis des pressions politiques persistantes du Président. Cependant, le volte-face de sa politique monétaire en l’espace de six mois est inédit.

En maintenant ses taux directeurs inchangés dans la fourchette comprise entre 2,25% et 2,5%, la Fed ne cède pas à Donald Trump qui lui reproche de freiner l’économie, alors que celle-ci est en excellente forme. Pour preuve, une croissance du PIB record au premier trimestre de 3,2% (au lieu de 2,3%) et un taux de chômage à 3,8%, le niveau le plus bas depuis des décennies, démontrent que l’économique américaine n’a pas besoin d’une ample baisse des taux comme le suggère Donald Trump dans son tweet de mardi: «Nous avons le potentiel de décoller comme une fusée si on abaissait les taux, d’un point par exemple».

L’institut monétaire observe néanmoins un ralentissement des dépenses de consommation des ménages et des investissements d’entreprises au premier trimestre. Il note aussi que l’ISM manufacturier a décliné à 52,8%, ce qui inquiète les marchés même si l’indicateur reste positif. D’après une analyse d’Eric Vanraes de la Banque Eric Sturdza, l’exploit du premier semestre est dû au gonflement des stocks (+0,65%) et à la bonne tenue des chiffres du commerce, aidés par une chute du déficit commercial (+1,03%).

Revenons sur la stratégie de la Reserve Fédérale. En octobre 2018, elle commençait à normaliser sa politique monétaire avec un premier tour de vis. En 2019, alors que, selon Jerome Powell «les taux étaient encore loin d’un niveau neutre», le consensus s’attend à 3 hausses consécutives. Mais le 20 mars, la Fed change de ton et lève le voile sur des préoccupations grandissantes: la faiblesse de l’inflation sous-jacente et des anticipations d’inflation (effectivement, les indices CPI et PCE (hors énergie et alimentation), sont en baisse depuis l’été 2018).

Assistons-nous à une simple pause dans le processus de normalisation monétaire ou à un revirement? La Fed réitère «qu’elle sera patiente dans la détermination des futurs ajustements des taux, surveillant l’évolution de l’inflation et les développements économiques mondiaux». Pour Axel Botte d’Ostrum Asset Management, cette non-action reflète l’attentisme de la Fed: «Jerome Powell cherche à gagner du temps en insistant sur l’inflation et la sempiternelle «incertitude» alors que le FOMC a déjà effacé trois hausses pour faire remonter les cours boursiers». Pour Franck Dixmier d’Allianz Global Investors, il s’agirait également d’une pause du programme de normalisation monétaire qui devrait perdurer jusqu’en 2020: «La Réserve fédérale s’installe dans une pause prolongée, ‘behind the curve’».

Le changement de cap du programme de la Fed, malgré une inflation qui se situe au-dessus de sa cible des 2%, n’échappe pas aux spécialistes. Pour Franck Dixmier, «la Fed semble se diriger vers une définition plus souple de son objectif d’inflation, en privilégiant une moyenne, qui consisterait à accepter un léger dépassement de l’objectif des 2% pour compenser les périodes d’inflation plus basses». Ce qui justifie que la Fed accepte une légère accélération de l’inflation en cas de surchauffe, sans pour autant changer sa stratégie de départ.

Le cycle de resserrement monétaire n’est donc pas achevé. Et les marchés n’ont pas apprécié les propos de Powell éloignant une perspective de baisse des taux directeurs. Suite à son annonce, la bourse américaine a viré au rouge alors que les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans se sont raffermis.

Comment investir en 2019?

 

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Déjà malmenés durant 2018, les investisseurs ont été privés du traditionnel «Christmas Rally». Après le «massacre» de Noël, les marchés ont rebondi sans regagner les pertes de décembre. Les principales places boursières ont clôturé l’année dans le rouge, entre -13,4% en moyenne sur les marchés développés contre -14,2% sur les marchés émergents* où les performances sont très dispersées (la bourse de Sao Paulo a gagné 15% alors que celle de Shenzhen a corrigé de -33,2%). Il n’y a pas que les actions qui ont été décevantes. Les obligations n’ont pas tenu leur rôle d’actif décorrélé et les matières premières (excepté le palladium), se sont fortement dévalorisées. A côté, dollar américain a brillé contre les autres devises.

Alors que les marchés sont proches de leurs cimes historiques, que les économies développées approchent de leur fin de cycle, sur fond de tensions (guerre commerciale, incertitudes politiques en Europe, ralentissement chinois), sied-t-il d’acheter des actions? Tout dépend de comment s’annonce le millésime 2019. S’inscrira-t-il dans la continuité de 2018, comme une année volatile et baissière? Ou, si les incertitudes se dissipent, les marchés progresseront-ils de manière latérale, voir haussière, menés par les bons fondamentaux des entreprises? Enfin, un scénario plus négatif se profile-t-il, avec une récession au tournant?

Pour en voir le cœur net, Allnews est allé à la rencontre de quatre stratèges pour sonder leurs perspectives 2019 en quatre questions clefs:

  • Quel est votre scénario central pour 2019?
  • Quels sont les risques à surveiller?
  • Quelles seront les opportunités d’investissement en 2019?
  • Quelle est votre allocation d’actifs dans ce contexte?

Le consensus est prudent sur un marché devenu plus incertain mais écarte un scénario catastrophe. Ainsi, les actions n’ont pas encore dit leur dernier mot. Swisslife met l’accent sur des stratégies de contrôle des risques alors qu’Aberdeen Standard Investments mise sur les actions japonaises. En revanche, alors que Decalia reste neutre sur la part actions, J.P. Morgan Asset Management y est légèrement sous-pondéré et s’est retranché dans les liquidités en dollars.

Deux choses sont certaines: l’ère du «Goldilock» est bel et bien révolu et un nouveau régime de volatilité, auquel les investisseurs vont devoir d’habituer, s’est installé. La vigilance et l’agilité seront les facteurs décisifs pour naviguer sur ces marchés.

Meilleurs voeux pour 2019!

La jeunesse éternelle : deuxième partie

Investir dans le prolongement de la vie est un placement durable. 

 

 

Depuis le début de l’année, l’indice Nasdaq Biotechnology Index (NBI) s’est élevé de près de 12% et le SXI Life Science (valeurs suisses) a progressé de 12,40%. Ces indices englobent les sociétés de biotechnologie moléculaire qui visent à inverser les effets du vieillissement cellulaire. Dans une première partie, nous avions abordé ces techniques du futur dont le marché est estimé à 900 milliards de dollars.

Dans ce deuxième volet, nous identifions quelques biotechs, parmi les plus prometteuses. Rappelons en préambule que ces start-up sont pour l’essentiel dans le stade initial de leur cycle de vie: la recherche et le développement. Elles ne génèrent pas encore de revenus ou de cashflow. Les programmes sur lesquels elles travaillent sont soumis à trois longues phases de tests cliniques.

La FDA (Food and Drug Administration)  américaine édicte des normes strictes en la matière avant d’approuver des médicaments sur le marché américain. Des organismes similaires régissent sur les autres marchés. Lors de l’évaluation du potentiel de ce type sociétés, ce sont donc leurs aspects qualitatifs tels que leurs portefeuilles de produits et leurs pipelines qui priment sur les données purement financières. La facilité de leur accès à des fonds, la solidité de leur financement, l’expérience de leurs dirigeants dans la mise en commercialisation de produits pharmaceutiques, et leurs partenariats constituent d’autres paramètres clefs pour leurs premiers succès.

Sept sociétés – privées ou publiques – sont dans les starting-blocks pour devenir les acteurs-clé de cette prochaine révolution biologique.

Calico, la collaborative

Calico (California Life Company) a été fondée par Larry Page, CEO de Google, en 2013. Elle appartient entièrement à sa maison mère Alphabet. Ce qui lui donne la particularité de disposer de ressources financières et de capacités en recherche et développement digne d’une grande société pharmaceutique. Elle a récemment investi dans le séquençage d’ADN et la biologie computationnelle, un vaste programme permettant de générer des algorithmes avec les données scientifiques.

Calico explore la génétique du vieillissement chez les êtres humains ainsi que dans une variété d’organismes modèles, de la levure aux vers en passant par les taupes et les rats. Au-delà de la génétique, elle se concentre aussi sur certaines caractéristiques du vieillissement comme les protéases, les réactions au stress cellulaire, l’énergie cellulaire, la sénescence et les télomères. Ses domaines thérapeutiques comprennent l’oncologie, la neuro-dégénérescence, les inflammations chroniques et les dysfonctionnements métaboliques liés à l’âge. Secrète, elle ne publie pas d’informations précises sur son pipeline. Elle se distingue par sa philosophie de partenariat avec des instituts universitaires et d’autres sociétés car, pour cette startup basée à San Francisco, la collaboration reste la clef de la réussite. Son partenariat récent avec la société pharmaceutique AbbVie lui a donné accès à des techniques de chimie médicale comme la production de protéines, le criblage de médicaments et la biologie structurelle pour accélérer le développement de ses programmes thérapeutiques. Son CEO, Arthur D. Levinson est un éminent biologiste et l’ancien CEO de Genentech, pionnière dans l’industrie biotechnologique. Il est également président du conseil d’administration de Hoffman-La Roche (actionnaire unique de Genentech) et de Apple.

Le potentiel de Unity Biotechnology  

Unity Biotechnology (UBX) a été fondée en 2009 et sa capitalisation boursière est proche de 700 millions de dollars. Cette société californienne, cotée sur le Nasdaq, développe des médicaments sénolytiques. Ils visent à éliminer les cellules sénescentes pour traiter des maladies liées à l’âge, comme l’arthrose avec sa molécule l’UBX0101, qui a atteint la première phase clinique et dont les données des tests sont attendues pour le premier semestre 2019. Elle cible aussi les maladies oculaires comme le glaucome et la dégénération maculaire avec des études sur l’UBX1967, ainsi que les maladies pulmonaires et les dysfonctions mitochondriales.

Principe des médicaments sénolytiques d’Unity

Grâce à son domaine d’expertise inédit capable de cibler différentes maladies, son pipeline est varié. Ses molécules ne sont qu’en phases préliminaires de R&D, mais leur potentiel reste des plus important. Parallèlement, elle a aussi entrepris un programme de recherche pour régénérer des organes sur la base de l’ADN humain.

Unity dispose d’une trésorerie de 30 millions et compte Jeff Bezos (CEO d’Amazon) et Peter Kiel (CEO de PayPal) parmi ses investisseurs. Actuellement, le consensus des analystes recommande ce titre à l’achat, avec un objectif régulièrement revu à la hausse de 27,3 dollars.

Nanobiotix, pionnière de la nano-médecine

La société française Nanobiotix (NANO) a été créée en 2003. Sa capitalisation dépasse 300 millions d’euros.

Sa mission est de changer la donne en oncologie grâce à une approche fondée sur la physique, une industrie nouvelle dans le domaine de la santé. Elle développe une classe de produits NBTXR, basé sur sa technologie propriétaire de NanoXray, une innovation reposant sur le mode d’action des nanoparticules pour maximiser l’absorption des rayons X à l’intérieur des cellules cancéreuses.

En juin, la société a réussi des essais cliniques sur des sujets humains des phases II/III du NBTXR3, le premier produit de sa classe dans les sarcomes des tissus mous. Ce produit a été conçu pour détruire les cellules cancéreuses lorsqu’il est activé par la radiothérapie. Il devrait être décliné dans sept indications en oncologie. Nanobiotix cible ainsi un marché de plus de 9 millions de patients. Des nouvelles publications sont attendues sur les cancers de la tête, du cou, du foie et de la prostate.

Samumed, la plus grande biotech privée

Samumed est une société privée fondée en 2007. Son objectif est de construire une large plate-forme technologique et elle a su capitaliser sur sa capacité à réaliser une vision unique et à long terme. Sa valorisation est estimée à 12 milliards de dollars. Ce chiffre est basé sur le potentiel de sa technologie Wnt pour inverser le cours des maladies liées à l’âge.

Plus précisément, cette biotech de San Diego développe des petites molécules pour le traitement du cancer et des maladies dégénératives. Le SM04690, un inhibiteur de petite taille de la voie Wnt est administré par injection intra-articulaire pour le traitement de l’arthrose du genou. Ce programme arrive en phase III. Elle a également présenté des données précliniques positives sur le SM07883, un inhibiteur expérimental par voie orale en cours de développement pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Samumed applique également sa technologie d’activation du Wnt aux traitements du cancer du côlon, des maladies dégénératives discales et de la tendinopathie, ainsi qu’aux cosmétiques afin d’effacer les rides; un diffférent marché bénéficiant également d’un très fort potentiel.

Elle s’est aussi engagée dans la recherche sur la régénération des tissus. Ce programme tente de régénérer le cartilage du genou des patients atteints d’arthrose, une maladie qui touche 30 millions d’Américains. S’il réussit, ce pourrait être le premier traitement pour faire repousser le cartilage. L’alopécie masculine en est un autre domaine d’application.

Pipeline de SAMUMED

En août, Samumed a levé 438 millions de dollars ce qui porte ses fonds propres à 650 millions. Ces apports de capitaux devraient lui permettre de passer du développement à la commercialisation de produits qui se déclinent dans une variété d’indications.

Denali combat les affections du cerveau

L’entreprise californienne Denali therapeutics (DNLI), cotée à 19,5 sur le Nasdaq, a été fondée en 2013 par Ryan J. Watts et Alexander Schuth. Elle développe un portefeuille de produits thérapeutiques pour les maladies neurodégénératives. Ses sept programmes comprennent des recherches sur la fonction lysosomale, la biologie gliale et l’homéostasie cellulaire pour cibler les maladie d’Alzheimer et de Parkinson.

Son portefeuille de molécules consiste en inhibiteurs DNL201 et DNL151 qui font l’objet d’essais cliniques de phase 1 pour la maladie de Parkinson. Elle développe également le DNL747, une petite molécule sélective et pénétrante du cerveau, en phase 1 des essais cliniques pour la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique. De plus, elle développe la LF1, une protéine pour traiter la neuro-dégénérescence, et la DNL788, une autre petite molécule candidate pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Enfin, Denali travaille également sur un programme qui cible une protéine génétiquement liée à la maladie de Parkinson

En janvier Danali a conclu un partenariat d’envergure avec la société japonaise Takeda pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en plus de ses autres partenariats avec Genentech, F-star et AbCellera Biologics. Avec une capitalisation boursière de près de 2 milliards de dollars, elle possède 436 millions en trésorerie et affiche un dernier chiffre d’affaire de 25,7 millions avec un EBIT négatif de 114 millions. Le consensus des analystes est positif sur ce titre avec un objectif à 23,8 dollars.

Crispr, une biotech suisse cotée au Nasdaq

Crispr Therapeutics  (CRSP), dont le siège est à Zug, a été fondée en 2014 par Rodger Novak, Emmanuelle Charpentier et Shaun Patrick Foy.

Elle propose une technologie pour modifier les gènes défectueux. Elle se consacre ainsi au développement et à la commercialisation de thérapies dérivées d’édition de génomes. Sa plateforme thérapeutique brevetée CRISPR/Cas9 permet d’apporter des changements précis et dirigés à l’ADN génomique dans le cas de cinq indications médicales, lui offrant ainsi un pipeline très varié.

Portefeuille de CRISPR

CASEBIA est une joint-venture conclue avec Bayer pour élargir son portefeuille de produits.

Entre 2016 et 2017 , ses ventes ont augmenté de 694%. En 2018 son chiffre d’affaire s’est établi à 9 millions de dollars pour un EBIT négatif de 135 millions et ses liquidités atteignent 215 millions. Cotée sur le Nasdaq, sa capitalisation boursière est  supérieure à 2 milliards. L’objectif de cours des analystes est de 66,9 dollars.

Amazentis, la nutrition au service de la jeunesse

Les compléments alimentaires pour atténuer les effets de l’âge représentent un marché alternatif très lucratif. La société suisse Amazentis s’y positionne avec sa molécule phare, l’Urolithin A, en cours de développement. Cette molécule vise à inverser le déclin musculaire lié à l’âge en améliorant l’activité des mitochondries – le moteur des cellules – pour optimiser la fonction musculaire.  La société a été fondée par Patrick Aebischer, ancien Président de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Chris Rinsch et Pierre Landolt, Président de la fondation Sandoz. Elle compte aussi Ernesto Bertarelli, André Hoffmann et le banquier Thierry Lombard parmi ses investisseurs. Elle a achevé en mars une ronde de financement de série C pour un montant de 8,4 millions de francs suisses afin de financer deux études cliniques de l’AMAZ02 en phase 2 en Amérique du Nord.

les Enjeux de l’allongement de la vie

Ces biotechs promettent d’être bientôt en mesure de faire perdurer la jeunesse. Ce qui aura comme conséquence directe d’accroître l’espérance de vie. La question de l’impact d’une progression soutenue des séniors sur les systèmes sociaux reste ouverte. Si une population âgée en meilleure santé est également plus productive et pour plus longtemps, les défis sociaux et réglementaires restent à résoudre…

La jeunesse éternelle ? Première partie

A la Silicon Valley, la recherche en biologie moléculaire visant à ralentir, arrêter voire inverser les effets liés au vieillissement cellulaire, est en effervescence. La jeunesse éternelle n’est pas un fantasme nouveau mais les percées scientifiques actuelles sont saisissantes. De ce fait, des investissements massifs abondent sur les sociétés de biotechnologie en phase préclinique promettant une «qualité de vie ajustée». Car c’est bien de cela dont il s’agit: prolonger la vie en bonne santé. Ces thérapies de l’avenir, bien qu’à leur balbutiement, sont les prémisses d’un sursis de jeunesse.

Pour entrer en matière, nous aborderons dans cette partie, certaines techniques en gardant en tête que cette discipline se développe à un rythme très lent. Dans un second volet, nous identifierons les futurs acteurs de cette révolution biologique. Rappelons simplement ici que la capitalisation de marché cumulée des biotechs américaines et européennes se situait aux environs de 863 milliards de dollars en 20171.

LE MARCHÉ COLOSSAL D’UNE POPULATION VIEILLISSANTE

Environ 8,5% de la population mondiale est âgée de plus de 65 ans. Mais la société vieillit. D’ici 2030, cette tranche représentera 1 milliard d’individus et d’ici 2050, elle aura doublé de taille. La durée de vie maximale est actuellement établie à 115 ans. A chaque décennie, l’espérance de vie s’est rallongée de 2 ans et demi. Ce qui revient à dire que depuis le début du XXe siècle, elle s’est majorée de 30 ans, d’où une augmentation inévitable des maladies liées à l’âge. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les principales causes de décès dans les pays développés sont les cardiopathies ischémiques (insuffisances cardio-vasculaires dues aux rétrécissements des artères coronariennes) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Source: Organisation mondiale de la Santé

Par tranche d’âge, le cancer (tous types confondus) est la première cause de mortalité auprès de la population au-dessus de 45 ans. Chez les plus de 65 ans, il s’agit des affections cardiaques.

Quels sont les stigmates de l’âge? C’est l’ADN qui s’étiole, les mitochondries qui s’altèrent, le système endocrinien qui s’endort, les organes sensoriels qui déclinent, les artères qui s’entravent et le cerveau qui s’embrume. Les cellules s’oxydent et le système général faibli, devenant un terrain propice aux maladies. La médecine biomoléculaire aspire à agir sur ces paramètres afin de prolonger la durée de vie en bonne santé, avec comme corolaire, une augmentation de la longévité. La mort attendra encore un peu.

DES PROGRAMMES DE RECHERCHE LES PLUS SINISTRES AUX PLUS PROMETTEURS

Le sang jeune est considéré, autant dans les mythes que par certains cercles transhumanistes, comme un élixir de jouvence. Les premières transfusions de sang pour régénérer les cellules vieillissantes remontent aux années 1950. Mais les expérimentations se soldèrent avec une fin tragique : un professeur, s’étant injecté le sang d’un étudiant atteint de malaria et tuberculose, serait ironiquement décédé des suites de ces maladies. Depuis, une étude datant de 2014, publiée par la prestigieuse Université de Harvard, a remis l’idée au goût du jour. La start-up américaine Ambrosia propose des injections de plasma d’adolescents pour 8’000 dollars. Tout personne au-dessus de 35 ans et prête à payer ce prix pour un shot de juvénilité, est éligible en tant que cobaye au programme de recherche de la firme californienne. En espérant sincèrement qu’il n’aboutisse pas, au risque de rentrer dans un monde où le plasma d’enfants devienne un antidote convoité, ouvrant ainsi la porte à d’inquiétants marchés noirs.

Il faut attendre les années 1990 pour assister à l’essor des programmes de manipulation génétique. Les premières expériences sur des nématodes ont été concluantes et la durée de vie de ces vers de terre avait été multipliée par 10. Celles sur des rats de laboratoire ont permis de doubler leur espérance de vie. Bien que les différences entre les codes génétiques de ces espèces et des êtres humains semblent infinies, ces expérimentations ont ravivé les espoirs de la communauté scientifique. Faut-il pour autant rechercher un allongement de la vie à tout prix? Rappelons-nous de l’histoire du prince troyen Tithon, condamné au dessèchement éternel. Diminuer les symptômes liés au processus cellulaire vieillissant ne semble-t-il pas plus indiqué?

Les traitements en pipeline dans les biotechs se distinguent entre ceux qui assurent la jeunesse des cellules et ceux qui soignent directement les maladies dégénératives. L’arrêt du cycle cellulaire, la sénescence, est l’une des causes les plus étudiées du vieillissement. Suite à un stress biologique, comme l’oxydation ou une brèche de l’ADN, certaines cellules cessent de se diviser et deviennent sénescentes, sécrétant une protéine toxique qui contamine les cellules adjacentes, provoquant ainsi des inflammations dans le corps et la dégradation des tissus. Les médicaments sénolytiques seraient capables d’entraver ce processus en éliminant les cellules touchées. Jusqu’à présent, ces substances n’ont pas été testées sur des êtres humains mais sont considérées pour traiter l’arthrose, les maladies ophtalmologiques et les affections pulmonaires.

Plus intrusive, la thérapie génique cible directement les gènes responsables du vieillissement cellulaire en y insérant un fragment d’ADN modifié. Plus concrètement, le système CRISPR, un outil de génie génétique cible des séquences répétées dans l’ADN afin de le rectifier. Cette édition de génome permettra de soigner le cancer et d’offrir des traitements médicaux personnalisés. Néanmoins, comme toute forme de manipulation génétique, le CRISPR a aussi soulevé un certain nombre de questions éthiques.

Les télomères, dont la découverte a valu le prix Nobel à Élisabeth Blackburn en 2009, sont des boucliers qui protègent les extrémités des chromosomes. Or, ces protections raccourcissent avec les années jusqu’au point de devenir trop courts pour permettre la reproduction cellulaire. D’ailleurs, leur longueur permettrait une approximation de l’espérance de vie. Les enzymes télomérases assurent leur croissance et ces dernières sont également impliquées dans un grand nombre de cancer. En préservant les télomères, il serait possible de maintenir l’information génétique intacte et de diminuer les risques de maladies associées à l’âge.

Enfin, les thérapies neurodégénératives consistent en des greffes de cellules souches pour combattre directement les affections cérébrales – souvent irréversibles – telles que les maladies d’Alzheimer et Parkinsons.

LES VOIES ALTERNATIVES

A côté des avancés biologiques, la nanotechnologie permettra à la future génération de matériel médico-chirurgical d’émerger. D’ici 10 ans, les nanobots modifieront la prise en charge des cancers. Il s’agit des nano-robots circulant dans le sang et capables de réparer des lésions de l’ADN. La nano-médecine quant à elle, peut déjà transporter des molécules directement dans les zones cibles. La technologie NBTXR3 permet des injections effectuées au cœur des cellules cancéreuses. Actuellement utilisée pour les cancers des tissus mous, cette technologie devra bientôt être transposée à d’autres types de pathologies cancéreuses.

A plus court terme, les compléments alimentaires, qui répondent aux besoins de consommateurs toujours plus soucieux de leur vitalité, pourraient offrir des perspectives intéressantes. L’urolithin A, une substance découverte en Suisse, est capable de régénérer les mitochondries. Ces organites sont des producteurs d’énergie cellulaire et leur déclin est responsable de la dégénération musculaire. Cette molécule, considérée plus puissante que la vitamine C, n’est pas encore commercialisée mais a été synthétisée à partir d’un nutriment présent dans la grenade. D’autres molécules sont également étudiées pour leur propriété anti-âge telles que le résveratrole présent notamment dans le raisin – et le vin – mais déjà commercialisé dans l’industrie cosmétologique et la curcumine (présente dans le curcuma, une épice indienne), ainsi que les enzymes NAD+ et NMN.

La majorité des techniques mentionnées ne sont qu’à leur phase préliminaire. Du temps et de la patience seront nécessaires avant qu’elles n’arrivent à maturité. Les programme de recherches des biotechs sont soumis à de longues phases cliniques. Dans la prochaine partie, nous identifierons les sociétés cotées les plus prometteuses. En attendant la disponibilité de ces techniques d’avenir, conserver sa jeunesse n’a rien de révolutionnaire: consommez suffisamment de fruits et légumes pour leurs propriétés antioxydantes, évitez le stress, et, bien sûr, bannissez le tabac et les zones de conflit…

1 EY Biotechnology report 2017 – Beyond borders – Staying the course

Investir dans le nouvelle route de la soie – Dernière partie

L’initiative Belt and Road a un impact positif tant sur les marchés actions que sur l’obligataire. Mais attention au surendettement.  

 

© Kystone
Lors d’un premier épisode, nous avions apporté un éclairage sur le cadre géographique de l’initiative Belt and Road (BRI). Dans une deuxième partie, nous avions évoqué les rouages complexes du système financier tentaculaire monté par la Chine pour financer l’initiative. Nous abordons aujourd’hui les opportunités d’investissement ouverts par la nouvelle Route de la Soie.
LA CRÉATION D’UNE ZONE ÉCONOMIQUE DU FUTUR

L’initiative Belt and Road, financée principalement par la dette souveraine ou quasi-souveraine, soutient des pays affichant des notes de crédit de faible qualité, spéculatives, voire inexistantes. Dans ces conditions, il convient de s’interroger sur leur capacité à repayer leurs dettes. Cependant, il s’agit d’une opportunité unique pour stimuler leurs économies et créer, à terme, un écosystème dynamique. Les grands marchés de l’initiative (la Russie, l’Indonésie, la Corée du Sud, la Turquie, l’Iran, la Thaïlande, Taiwan et la Pologne), ouvrent leur bras aux investisseurs internationaux. Mais ce sont les économies les plus modestes – et les bien moins notées – qui en recueilleront les fruits le plus rapidement. Dans cette troisième et ultime partie, nous survolerons certaines opportunités d’investissement du thème de la nouvelle Route de la Soie.

DES PRIMES DE CREDIT EN AMELIORATION

Les restrictions d’investissement, les lois anti-trust et les règles locales environnementales sont des barrières à la bonne marche des projets. Mais l’instabilité politique demeure – avec le défaut de paiement – un risque majeur. Au Sri Lanka, le dernier changement de gouvernement a retardé un projet d’installation portuaire à Colombo. Malgré les financements importants en jeu, les attitudes hostiles persistent face aux investisseurs chinois. Leurs méthodes ne sont pas au goût de tous. Ainsi, Islamabad s’est rétracté sur la construction d’un barrage à cause des conditions imposées. Au Népal, un autre projet de barrage hydro-électrique a avorté pour des raisons similaires. C’est donc avec la plus grande prudence que l’on investit sur la dette souveraine des pays de l’initiative. De plus, dans le cas des plus vulnérables, les prêts chinois amplifieront leur ratio de dette sur PIB à des niveaux où le remboursement pourrait devenir encore plus problématique.

Selon Invesco, les nouvelles obligations émises par les pays de la BRI vont offrir (en comparaison d’échéances et de ratings similaires) des rendements plus élevés que sur les marchés matures grâce aux revenus escomptés des projets d’infrastructures et, à moyen terme, de ceux qui s’y rattacheront ultérieurement. D’ailleurs, d’après leurs recherches, la tendance des écarts de crédit est en nette amélioration depuis 2016 , ce qui réduit le coût du capital.

Source: Invesco, Bloomberg

A titre d’exemple pour des obligations souveraines libellées en USD, la République d’Indonésie (échéance 2020), revalorisée l’an dernier à BBB, offre un coupon de 5,875% alors que le Kazakhstan (échéance 2042) pour un rating identique, offre un coupon de 9,95%.

La Chine investit massivement sur le couloirs économique sino-pakistanais. Elle a octroyé 55 milliards de dollars US au Pakistan, propulsant ainsi son ratio d’endettement publique au-delà d’un seuil critique. Malgré cela, ses écarts de crédit n’augmentent pas car la Chine vise à métamorphoser cette région en une zone économique dynamique. Pour ce faire, elle construit une installation portuaire à Gwadar, des pipelines, des réseaux autoroutiers et des trains à grande vitesse, et enfin, compte installer des câbles de fibre optique. Depuis 2015, le Pakistan bénéficie d’un rating B. A titre indicatif, il a émis une obligation en dollar US (échéance 2036), assortie d’un coupon de 6,75%.

PRIVILEGIER LA DETTE EN DEVISE FORTE

Paradoxalement, nous n’assistons pas à une dé-dollarisation de la région eurasiatique. Du côté des investisseurs,  les émissions en dollar restent très prisées pour leur liquidité. Certains souhaitent aussi s’immuniser contre les fluctuations du renminbi. Du côté des émetteurs, le dollar permet d’attirer des capitaux étrangers avec plus de facilité. Enfin, rappelons-nous que l’initiative consiste également à recycler les réserve de changes chinoises.

Les banques commerciales chinoises commencent aussi à émettre sur de nouvelles places boursières. Les banques d’État ont émis la plus grande portion de la dette. Sur les places boursières offshore, il est possible d’investir sur les Kung-Fu bonds, des titres libellés en dollar US émis par des entités chinoises. Dorénavant, via le bonds connect, les investisseurs institutionnels internationaux pourront avoir accès au marché obligataire continental interbancaire chinois via la bourse de Hong-Kong. En quête de capitaux internationaux, les banques commerciales chinoises commencent aussi à émettre sur de nouvelles places boursières. En 2017, Bank of China, a émis 700 millions d’obligations libellées en euro au Luxembourg. Elles sont aussi friandes de devises. Cette année, BOC a émis un Floating Rate Note (FRN) pour l’équivalent de 3 milliards de dollars US en dix tranches incluant du dollar US, de l’euro, mais aussi du dollar australien, du dollar néo-zélandais et du dollar singapourien.

Les investisseurs les plus aventureux souhaitant s’exposer à la devise chinoise peuvent accéder aux Dim Sums, des obligations en renminbi émises sur les places boursières offshore. China Construction Bank a émis en 2015 une obligation Belt and Road Infrastructure pour 1 milliard de renminbi (soit 152 millions de dollars US) cotée à Singapour. Les rendements moyens escomptés sur les banque d’État notées single A, pour des maturités de trois et dix ans sont de 3,86% et 3,50% respectivement mais les banques vont réduire progressivement leurs émissions car leur bilan sont déjà fortement impactés par les prêts de faible qualité (Non Performing-Loans) domestiques.

Surfant sur la tendance de la finance durable, les banques chinoises émettent des obligations vertes à l’instar de ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) qui a lancé le One Belt One Road Green Climat Bond en dollar US et en EUR pour l’équivalent de 2,15 milliards de dollars US.  Cette émission financera une large palette de projets dans l’énergie renouvelable, les technologies à faible empreinte carbone et la gestion durable de l’eau.

Environ une cinquantaine de contrats ont été remportés par des entreprises d’État.

Enfin, les banques multilatérales de développement comme l’AIIB (Asian Infrastructure and Investment Bank) ou la NDB (New Development Bank) qui jouissent du meilleur rating (AAA), n’ont regrettablement pas encore émis beaucoup d’obligations. Elles semblent endosser un rôle de fournisseur de capitaux plutôt que de bénéficiaire. Néanmoins, NDB a émis un emprunt à faible liquidité de 3 milliards de renminbi à échéance 2021 dont le rendement actuel est de 3,85%. AIIB, de son côté, a annoncé une première émission de 1 milliard de dollar US dans le courant de l’année. Pour l’instant, elle a émis sur le marché monétaire des euro commercial papers libellés en dollar US.

LES INFRASTRUCTURES ET L’ENERGIE: SECTEURS PORTEURS A MOYEN TERME

Environ une cinquantaine de contrats ont été remportés par des entreprises d’État, ce qui leurs donne accès à des régions où elles ne partaient avec aucun avantage concurrentiel. China Railway Group a ainsi remporté deux contrats de construction au Nigeria. Mais tout les projets ne leur seront pas destinés car elles ne maitrisent pas (encore) toutes les technologies. Elles sont aussi en concurrence avec des entreprises coréennes, japonaises et les multinationales occidentales. Ainsi, Siemens Honeywell, GE, ABB, Caterpillar et Boeing se sont mis sur les rangs. Cette concurrence internationale va forcer les entreprises d’État à améliorer leurs pratiques et leur transparence. La Chine souhaite les transformer en acteurs internationaux de premier ordre. Mais cela se fera au prix de réformes importantes. Sinohydro et China State Construction Engineering font déjà partie de la première génération opérant hors de leur frontière.

Les entreprises privées (POE) sont aussi dans la course. Shanghai Challenge Textile est présente au Pakistan, Envision Energy a contribué à un projet d’énergie renouvelable au Monténégro, l’incontournable Tencent a effectué des acquisitions en Inde alors que Country Garden est sur un projet de ville forestière en Malaisie.

Les entreprises chinoises implantées à l’étranger vont tirer parti des nouvelles infrastructures. Par exemple, la Chine construit des parcs industriels de la Malaisie à l’Éthiopie afin de délocaliser dans des régions où les coûts de production sont plus bas et de contourner les barrières tarifaires d’importation.

Des pipelines et des gazoducs à l’instar de celui entre la Chine et le Turkménistan sortent de terre. Les infrastructures énergétiques (incluant des réseaux électriques transnationaux) et les énergies renouvelables sont les cibles prioritaires des fonds multilatéraux. Des entreprises issues de l’industrie nucléaire se diversifient dans les nouvelles énergies, à l’instar de China National Nuclear et China General Nuclear qui ont remporté deux contrats au Pakistan en Malaisie. Enfin, le secteur pétrolier et gazier au coeurs des préoccupations géoéconomiques pour assurer l’approvisionnement énergétique considérable de l’Empire du Milieu. Des pipelines et des gazoducs à l’instar du celui entre la Chine et le Turkménistan sortent de terre. Sinopec et China National Petroleum Corporation ont raflé les premiers contrats en Afrique et en Asie Centrale. D’autres projets avec la Russie sont en cours.

Enfin, les société actives dans le transport, la logistique et le fret comme China Cosco Holding, l’un des plus grands armateurs mondiaux de porte-conteneurs ainsi que les sociétés allemandes DHL et DB Shenker, déjà bien implantées, ont les atouts nécessaires pour soutenir ces nouvelles activités commerciales.

INVESTIR DANS LES SOCIETES CHINOISES

Alors qu’une majorité d’actions sont cotées sur les places boursières continentales à Shanghai ou Shenzhen (classe A), certaines le sont également à Hong-Kong (classe H) en dollar hongkongais (arrimé au dollar US), destinées aux investisseurs offshore. Depuis la création du Stock Connect reliant les bourses de Hong Kong à celles de la Chine continentale, les actions A sont devenues partiellement accessibles aux actionnaires internationaux.  Enfin, certaines grandes valeurs sont disponibles en dollar US sur les places boursières américaines sous forme d’ ADRs.

Comment les sélectionner? Selon Aman Kamel, gérant du fonds actions Synchrony sur le thème des nouvelles routes de la soie, le niveau de gouvernance des actions chinoises de classe A est inférieur à celui des actions cotées à Hong Kong et les frais de courtage y sont plus élevés. Mais la répartition sectorielle n’y est pas identique. Les valeurs financières et technologiques sont très concentrées sur l’indice Hang Seng Entreprises (Hong-Kong) alors que les valeurs industrielles, les matériaux de base et l’énergie sont mieux représentées sur le Shanghai Composite. D’ailleurs, bien que les bourses chinoises aient sérieusement sous-performé les marchés occidentaux (Shenzhen: -20,18, Shanghai -15,48 et Hang Seng -5,26), il y a une forte dispersion des performances et ce sont les secteurs liés à l’initiative BRI qui semblent le mieux résister. Les valeurs industrielles sur Shanghai Composite (qui incluent les activités d’infrastructure) sont restées stables alors que sur Hong-Kong, les performances du secteur de l’énergie et des fournisseurs d’énergie sont de 15,51% et 4,0% respectivement.

D’ici 2025, Baker McKenzie estime que l’initiative s’étendra à d’autres secteurs comme la production industrielle, la technologie, l’immobilier et la télécommunication qui prospèreront grâce aux premiers investissements. Les entreprises locales en tireront aussi avantage. D’autres naîtront de cette initiative, notamment dans le cadre de fusions et acquisitions eurasiatiques. D’ailleurs, les entreprises chinoises ont déjà commencé à prendre des participations stratégiques dans la production d’uranium au Kazakhstan. De ce nouveau centre de gravité économique, des opportunités inimaginables émergeront avec les années. Mais pour l’heure, ce projet à long terme construit les fondations du paysage économique du futur.

Investir dans la nouvelle route de la soie – Partie 2

La Chine a conçu un système financier tentaculaire qui inclut l’appel aux capitaux privés.

Lors d’un premier épisode, nous avions apporté un éclairage sur le cadre géographique de l’initiative Belt and Road (BRI). Plus de 1’700 projets d’infrastructures ont déjà été recensés le long de la nouvelle route de la soie . Dans cette partie, nous résumerons les rouages complexes qui amalgament des accords bilatéraux, des institutions financières internationales, des banques d’Etat et des fonds souverains chinois. Ce plan titanesque ambitionne également d’attirer des capitaux privés.

 

Un écosystème sophistiqué 

La Chine a été l’investigatrice du financement de la BRI en allouant les premiers prêts, notamment pour la construction de gazoducs en Asie centrale, d’installations portuaires au Sri Lanka ainsi que de chemins de fer et de réseaux autoroutiers en Afghanistan. Disposant d’une réserve de devises colossale investie en bons du trésor américain, elle peut ainsi, par l’intermédiaire de l’initiative, recycler ses excédents commerciaux dans des projets avec un retour sur investissement non négligeable. Car il ne s’agit pas – à proprement parler – d’aide aux pays en voie de développement, mais bien d’une opération commerciale et économique qui pourrait stimuler le PIB mondial à hauteur de 12%. D’ailleurs, les prêts chinois accordés (dans le cadre d’accords bilatéraux) à des pays dont le rating est de qualité médiocre, ont été assortis de clauses de garanties drastiques comme celles exigées sur les ressources naturelles africaines. Notons que, selon Bloomberg, plus de la moitié des pays sur la nouvelle route de la soie sont assortis d’une note de crédit de qualité «junk», ou même inexistante comme l’Afghanistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Myanmar ou le Laos.

Cependant, la Chine ne compte pas assumer à elle seule l’intégralité du financement de la BRI. Les autres pays se mobilisent aussi. Dans ce sens, le gouvernement chinois a entrepris un travail diplomatique significatif pour constituer des institutions internationales et pour se lier par des accords bilatéraux avec de nouveaux partenaires commerciaux tels que l’Inde et la Russie. Le vaste système financier qu’elle a mis sur pied distingue les capitaux destinés aux projets d’infrastructures dans les pays de la BRI (financés par les banques multilatérales) de ceux à l’intention des entreprises chinoises, soutenus par les banques commerciales étatiques et les fonds souverains chinois.

Jusqu’à présent, les quatre plus grandes banques commerciales d’Etat (Industrial and Commercial Bank of China, Agricultural Bank, China Construction Bank et Bank of China) ainsi que la China Development Bank (premier émetteur de «dim sum» dont les émissions représentent le quart du marché obligataire en renminbi) et l’EXIM Bank, ont levé la plus grande partie des fonds. Mais à mesure que le projet gagne en envergure, ces fonds doivent être relayés par d’autres sources pour éviter une concentration excessive des risques. Rappelons que les banques commerciales chinoises sont déjà sujettes à une sérieuse problématique de prêts domestiques de mauvaise qualité qui pèsent sur leurs bilans.

D’ici 2030, selon une étude de Baker Mckenzie, la moitié des projets de la BRI seront financés par des banques multilatérales, des gouvernements étrangers mais aussi par des capitaux privés dont des gérants de fonds traditionnels et alternatifs. Les banques commerciales chinoises n’ont pas encore acquis assez d’expérience dans l’évaluation des risques de crédit sur les projets transfrontaliers et devront donc s’allier avec des banques locales et globales. En outre, pour attirer les investisseurs privés internationaux, elles auront besoin du savoir-faire des banques internationales capables de structurer des projets attractifs. En attendant, la demande d’assurances contre les risques de défaut de crédit reste forte.

 

Le fonds souverains Silk Road Funds, dont 100 milliards de dollars supplémentaires viennent d’être alloués, est financé entièrement par les réserves de changes. L’audit préalable de chaque décision est exigeant. Il porte sur la stabilité des pays et les cadres légaux. Les inefficiences des gouvernements sont étudiées avec soin. Le Pakistan a bénéficié de leurs premiers investissements stratégiques. Autre acteur d’importance, le fonds d’investissement Silkroad Gold se concentre exclusivement sur les projets d’extraction minière.

S’affranchir des institutions américaines

L’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) constituée en 2015 dans le cadre de cette initiative, ambitionne de rivaliser avec les anciennes institutions sous leadership américain comme le WTO et le FMI, à qui, la Chine reproche de minimiser le poids des pays émergents. Ainsi, l’AIIB, notée AAA et dotée d’un capital de 100 milliards de dollars, comptait à ses début 57 pays membres fondateurs. Aujourd’hui, le nombre total des membres a augmenté à 83. Ses trois priorités sont les investissements durables, la connectivité transfrontalière et la mobilisation des capitaux privés.

Les pays hors Asie, en Europe et en Afrique notamment, ont contribué à hauteur de 25% du capital. Les droits de vote sont attribués selon la pondération de plusieurs facteurs dont le PIB du pays membre et sa contribution au fonds. Ainsi, 75% des droits de vote sont réservés aux pays asiatiques, donnant ainsi aux plus petits une prépondérance de vote dans la sélection des projets. Mais la Chine (29,8 milliards) se réserve la part du lion, loin devant l’Inde (8,4 milliards) et la Russie (6,5 milliards). Viennent ensuite l’Allemagne (4,5 milliards) et la Corée du Sud ex aequo avec l’Australie (3,7milliards). La Suisse, qui s’est aussi intéressée aux perspectives offertes aux sociétés helvètes, a contribué à hauteur de 700 millions de dollars.

Relevons que les Etats-Unis et le Japon n’y participent pas. Certains pays «clients» d’Europe de l’Est et d’Asie centrale ne sont pas non plus membres. En fait, l’institution ne compte que 7 membres parmi ses clients.

A ce jour, l’AIIB a approuvé six projets, principalement en Inde et dans le domaine de l’énergie. Cinq d’entre eux ont été cofinancés en partenariat avec l’ADB (Asian Development Bank), l’EDB (Eurasian Development Bank) ou encore la Banque Mondiale.

Bien que ce système financier favorise les entreprises d’Etat chinoises pour l’obtention des contrats de chantier, la concurrence avec les entreprises privées chinoises et les multinationales les obligeront à adopter les meilleures pratiques et à devenir plus transparentes.  Notons toutefois que, contrairement à d’autres institutions, l’AIIB ne limite pas les appels d’offres à certains pays. Enfin, les entreprises locales vont profiter directement des flux d’investissement. D’ailleurs, certaines places boursières, à l’instar d’Astana au Kazakhstan, s’organisent déjà pour accueillir ces flux.

La BRI est une opportunité sans précédent pour les pays d’Asie centrale, du Sud-est asiatique et d’Europe de l’Est. Il est probable que ses retombées économiques se feront ressentir plus rapidement sur les économies de taille modeste, mais elles sont aussi plus exposées aux risques.

Dans un prochain – et dernier – volet de cette courte série sur la Route de la Soie, nous nous attacherons à identifier quelques opportunités d’investissements.

 

Investir dans la nouvelle route de la soie – Première partie

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Un projet chinois estimé à près de 800 milliards de dollars.

 

L’initiative dite de la Route de la Soie (Belt and Road Initiative – BRI), lancée en 2013 sous l’impulsion du président Xi-Jinping, est un projet d’infrastructures d’une ampleur sans précédent. Le plan Marshall n’en pesait que le quart. Ce projet ambitionne de connecter physiquement à la Chine, l’Asie du Sud-Est, l’Asie Centrale, l’Europe mais aussi l’Afrique, par voies routières, ferroviaires et maritimes.

L’ancienne route de la soie assura pendant des siècles, d’est en ouest, le commerce d’une soie chinoise et d’épices dont raffolaient les Européens. Elle acheminait, d’ouest en est, esclaves et armes de guerre.

L’initiative, inspirée de l’ancien tracé, s’articule autour d’un nouvel axe commercial principal doté de plusieurs confluents  et prévoit la création de nombreux couloirs économiques. Le parcours, entre mer et terre, dessine une ceinture inter-régionale exprimant une vision chinoise de l’intégration économique. A l’heure des montées protectionnistes américaines, cette initiative qui se veut celle d’un commerce équitable, rencontre des échos favorables de la part des peuples appelés à y participer.

Ce premier épisode se consacre à son cadre géographique. Dans un second, nous nous intéresserons aux pays y participant et aux rouages complexes de son financement. Enfin, les opportunités économiques et les possibilités d’investissements seront identifiées lors d’un troisième et dernier épisode.

Des ponts entre les pays

Selon un rapport de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), la ceinture économique imaginée par la Chine, représente un gigantesque marché de 68 pays, pour une population totale d’environ 4,5 milliards d’habitants (62% de la population mondiale), et un PIB total d’environ 23’000 milliards de dollars US, soit le tiers du PIB mondial. Pour cette organisation, une demande de coopération régionale entre les pays en développement a émergé afin de favoriser un ajustement de l’économie mondiale et du système de chaîne d’approvisionnement. Voies routières, réseaux ferroviaires et installations portuaires commencent déjà à sortir de terre dans les pays en recherche de financement, en Asie, en Afrique et en Europe de l’Est.

Ce réseau d’infrastructures dédié au transport de marchandises – et de personnes – se décompose en trois dimensions. Un axe routier principal part de l’ouest de la Chine et traverse l’Asie centrale (le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan), Téhéran puis Istanbul pour déboucher en Europe. Deux autres itinéraires sont également envisagés: un premier passant par le Kazakhstan et la Russie et un deuxième traversant le Kazakhstan via le port de Kuryk, sur la mer Caspienne. L’initiative progresse aussi sur la création de six couloirs dynamiques visant à stimuler la croissance économique régionale. Le plus important étant le corridor sino-pakistanais.

 

La nouvelle route de la soie

 

 

Les lignes ferroviaires eurasiennes pour le transport du fret ne sont pas nouvelles. La première, qui date de juillet 2011, reliait déjà Chongqing à Duisburg (Allemagne) en 16 jours. Elles sont plus rapides et plus sûres que les voies maritimes dont les embarcations peuvent être victimes de tempêtes, de blocus, voire de piraterie. Elles sont évidemment bien moins couteuses que les voies aériennes. D’ailleurs, c’est dans un effort de réduction des coûts, que les entreprises automobiles et électroniques ont donné l’impulsion à ces longues dessertes. VW, Audi et BMW y acheminent déjà leurs composants vers les usines d’assemblage situées en Chine. Apple, HP et Acer les utilisent pour rapatrier leur production «made in China» vers leurs centres de distribution européens. En 2013, un première trajet, lancé dans le cadre de la BRI, a relié Zhengzhou à Hambourg en moins de 20 jours. En 2015, Nanchang a desservi Rotterdam en 17 jours, après avoir traversé la Russie, la Biélorussie, la Pologne et l’Allemagne. Enfin, depuis 2016, des wagons remplis de marchandises chinoises débarquent à Lyon. Un projet de train à grande vitesse, prévu pour 2026, viendra compléter ce réseau. En prolongation de l’actuelle ligne Lanzhou-Urumqi, il permettra de relier Pékin à Londres, via le tunnel sous la manche, en moins de 48 heures.

Des projets d’installations portuaires et de plateformes de traitement du fret sont prévues dans l’Océan Indien, au nord-est de l’Afrique et en Europe à l’instar des sites de Bakou en Azerbaïdjan et de Gwadar au Pakistan. Les navires partent du sud de la Chine, sillonnent le sud-est asiatique, le sous-continent indien et parcourent l’océan Indien pour rejoindre la Tanzanie. Par la mer Rouge et le Canal de Suez, ils continuent leur voyage en direction d’Athènes pour voguer jusqu’à Venise, bouclant ainsi la ceinture.

Enfin, la phase ultime du projet sera la mise en place d’un réseau de fibre optique permettant le transit des données informatiques le long de ces axes commerciaux.

La Route de la Soie permettra non seulement à la Chine de sécuriser ses approvisionnements, mais aussi d’accroître son influence dans l’arrière-cour russe et au-delà. Néanmoins, certaines régions en Asie centrale sont toujours sous tension. En Ouzbékistan, au Cachemire et au Baloutchistan, l’évolution des conflits est difficilement prévisible.

Bien plus qu’une liste de projets disparates, la Belt and Road Initiative émane d’une vision stratégique globale comprenant plusieurs niveaux d’intérêt non seulement pour la Chine mais aussi pour les autres pays participants. Bien évidemment, c’est une manière de mettre à l’épreuve l’ordre mondial établi, sous influence américaine. D’ailleurs, le plan Marshall post-seconde guerre mondiale fut un premier type de modèle d’intégration économique. La différence fondamentale entre ces deux modèles, est que le système américain préconisait l’intégration via des traités commerciaux (qui sont d’ailleurs en train de s’effondrer les uns après les autres), alors que la BRI privilégie la connectivité physique. In fine, au-delà des aspects commerciaux, la Chine pourra étendre sa sphère d’influence géostratégique tout en écoulant ses excédents de production – notamment d’acier – en direction les marchés africains et européens. Nous aborderons, dans une prochaine chronique, le rôle des pays participant à l’initiative et quelles sont ses sources de financement.