Comment investir dans l’art contemporain. Partie 2.

L’indice Artprice 100 affiche une progression de 16% pour le premier semestre.

 

Dustheads par Jean-Michel Basquiat (vente de Christie’s à New York en 2013) ©Keystone

 

Pour le néophyte, investir dans l’art est une entreprise périlleuse. Dans cette série, Allnews s’intéresse au marché de l’art contemporain en tant que classe d’actifs alternatifs et, dans cette seconde partie, livre quelques clefs pour débuter ses investissements…même sans le budget d’un milliardaire.

Artprice, le benchmark de référence

 

Comme le monde de la finance, celui de l’art dispose également de ses propres indices calculés par Artprice, le leader mondial des cotations dans l’art. Son indice principal, le Artprice Global Index (calculé selon la méthode des ventes répétées), affiche une progression de 5% sur le premier semestre contrastant avec des rendements obligataires réduits à néant. Le rendement moyen des œuvres d’art se situerait entre 10% à 12% par an selon les segments de marché.

Dernier né des indices, l’Artprice 100 a été spécialement conçu à l’attention des financiers. Il est composé des 100 valeurs jugées les plus stables et exclue donc les artistes les plus volatiles. Sur le premier semestre, l’indice affiche une belle progression de 16%.

Son site internet, qui permet aux experts de la branche de suivre, de comprendre et d’analyser le marché de l’art dans sa globalité, répertorie les cotes individuelles de plus de 717’000 artistes d’époques différentes. Il publie également des news et l’agenda des foires et des ventes aux enchères.

En revanche, ses benchmarks ne tiennent pas compte des ventes du marché primaire (c’est-à-dire les ventes des marchands, courtiers, galeristes, privés, et artistes vivants), soit plus de la moitié des échanges totaux. Mais les cotations des artistes peu spéculatifs de ce marché de gré-à-gré figurent dans la base de données du site. «Les artistes qui se vendent sur le marché primaire, et dont la cote monte, seront dans les salles de ventes du second marché dans 15 ans», souligne François Chabanian, CEO de Bel-Air Fine Art.

Acheter des oeuvres sur le marché primaire

Pour satisfaire toutes les bourses, les galeries d’art sont segmentées en fonction des différents budgets. «Pour 90% des collectionneurs, c’est l’achat de l’émotion qui fait vibrer», estime François Chabanian. Mais à côté du coup de cœur, l’investisseur avisé s’intéressera aux critères d’analyse comme l’étude de la cote et la qualité de la galerie qui soutient l’artiste. On s’informe. «Il faut visiter les foires, regarder les magazines et les comptes Instagram. Derrière chaque grand artiste, il y a un marchand. Établir une relation de confiance avec son galeriste est essentiel», explique François Chabanian. D’ailleurs, le rapport d’Art Basel et UBS constate aussi que l’asymétrie d’information et le manque de transparence du marché primaire reste le risque structurel le plus important.

Selon François Chabanian, certains artistes vivants voient leur cote se majorer de 8 à 10% par année alors que d’autres, également vivants, ont réussi à doubler leur taux de popularité en l’espace de deux à trois ans. « Alec Monopoly a 1 million de suiveurs par tableau sur son compte Instagram. Cet artiste de réseaux sociaux de 32 ans est déjà multimillionnaire. Pour chacune de ses toiles, il y a au moins dix acheteurs potentiels ». Mais le marché de l’art reste un marché à long terme. «Il faut compter cinq ans pour un retour sur investissement car ce marché est très codifié. Le processus de valorisation prend du temps, mais il est durable», relève François Chabanian.  De son côté, le benchmark Artprice indique un rendement annuel moyen de 4,6%, pour une durée moyenne de détention de 13 ans.

Diversifier son portefeuille d’œuvres d’art

Depuis 4 ans, pas une année ne s’écoule sans une vente record en-dessus de 100 millions de dollars pour des artistes spéculatifs comme Picasso, Giacometti ou Basquiat. Bien que les experts s’attendent à une augmentation des montants records des échanges, «la tendance des prix demeure aussi volatile que sur les autres marchés financiers et le monde de l’art est aussi soumis à des cycles», souligne Michael Welti, directeur de la succursale de Reyl & Cie, à Zurich. A titre d’exemple, la cote de l’artiste britannique Damien Hirst, avait perdu 32% entre 2000 et 2002 suite à une controverse sur son travail, alors que celle de Jean-Michel Basquiat, avait gagné 52% durant la même période. D’où l’intérêt de diversifier ses investissements en art, pour se parer contre un risque de baisse… voir de bulle sur les artiste les mieux valorisés.

Bien que structuré et professionnalisé, le marché de l’art reste moins réglementé que ceux des actifs financiers. Aussi, le risque de liquidité y est bien présent car les œuvres à la vente ne trouvent pas systématiquement acquéreurs. D’ailleurs, le taux de lots invendus des maisons de ventes est un excellent indicateur de tendance des mouvements artistiques, de la popularité des artistes ou des segments de marché. Par exemple, lors de la période sombre de Damian Hirst, son taux d’invendus avait également explosé. Pour le premier semestre 2019, le taux de lots invendus (tous mouvements artistiques confondus) des pièces entre 10 et 100 millions de dollars US est en chute libre.

Des sociétés d’investissement comme Anthea Art Investment
ont ouvert des fonds de droit luxembourgeois dédiés à l’art contemporain.

Notons enfin que les œuvres d’art sont en général faiblement corrélées aux autres actifs…en l’absence de période de stress mondial comme lors de la grande crise financière, où les estimations étaient revues à la baisse et les lots invendus s’accumulaient.

Investir dans l’art via des produits financiers

L’offre en fonds de placement reste encore rare, mais certaines sociétés d’investissement comme Anthea Art Investment ont ouvert des fonds de droit luxembourgeois dédiés à l’art contemporain. A noter, la liquidité est annuelle. Les sociétés de gestion se spécialisant dans ces actifs alternatifs font appel aux professionnels de la branche pour composer leur portefeuille: «Nous sommes sollicités pour monter des fonds d’investissement avec des encours de 10 à 100 millions et un retour sur investissement de 6% à 8%», explique François Chabanian. Ces fonds d’investissement mettent les œuvres à disposition des galeries ou alors les revendent aux enchères.

Une autre solution consiste à investir dans des titres à revenus fixes dont les actifs sous-jacents sont des œuvres d’art. Ces activités des prêts d’œuvres d’art font leur début en Europe. «Griffin Art Partners est une plate-forme qui permet aux collectionneurs de contracter des prêts et aux investisseurs d’acheter des obligations adossées à des œuvres d’art», explique Michael Welti. Les grands collectionneurs et les galeries d’art peuvent accéder à des liquidités sans céder les œuvres alors que pour les investisseurs, le potentiel de revenu est particulièrement attractif dans un univers de taux d’intérêt bas voir négatifs: «Les coupons trimestriels ou semestriels versés aux investisseurs se situent entre 5 et 10% de rendement annuel, et nous avons constaté un intérêt pour ces produits», souligne Michael Welti.

 

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Comment investir dans l’art contemporain. Partie 1.

L’indice Artprice des prix de l’art contemporain a progressé de 5% sur le premier semestre.

Jeff Koons et son «Rabbit», œuvre adjugée à 91 millions de dollars. ©Keystone

 

Contrairement aux marchés boursiers, 2018 fut une année excellente pour celui de l’art qui poursuit une dynamique ascendante depuis la grande crise financière de 2008. Selon une étude réalisée en partenariat par Art Basel et UBS*, les ventes mondiales ont atteint 67,4 milliards de dollars américains. La multiplication par quatre des milliardaires en moins de vingt ans, notamment en Asie et au Moyen-Orient, explique cet engouement pour les œuvres d’art.

Pour le néophyte, investir dans l’art contemporain est une entreprise périlleuse. Dans cette série, Allnews s’intéresse à ce marché en tant que classe d’actifs alternatifs et, dans une deuxième partie, donnera quelques clefs pour débuter ses investissements, même sans le budget d’un milliardaire.

Des transactions records

Pop Art, Post Pop Art, Neo Post Art, Street Art, arts optiques, photos et vidéos contemporaines, l’art contemporain (qui regroupe les oeuvres nées après la seconde guerre mondiale et succède à l’art moderne), est un marché dynamique en créations et échanges. Selon le leader mondial des cotations dans le monde de l’art Artprice, les prix de l’art contemporain sur le marché secondaire, c’est-à-dire essentiellement les ventes aux enchères, affichent une hausse de 5% sur le premier semestre, ce que la société française attribue à une diminution des biens offerts. Pour preuve, certaines œuvres d’artistes devenus incontournables ont atteint des prix records. En 2017, une œuvre sans titre de Jean-Michel Basquiat, un peintre pionnier de la mouvance «underground», décédé en 1988 à l’âge de 27 ans, a été vendue à 110,5 millions de dollars américains à New York par la maison de ventes Sotheby’s. L’œuvre intitulée «Rabbit» de Jeff Koons a atteint 91 millions de dollars, soit le montant le plus élevé jamais enregistré car 16,5 milliards de dollars ont été déboursés pour des acquisitions d’oeuvre d’un artiste vivant.

A titre de comparaison, la toile la plus chère au monde, le Salvator Mundi peinte par Léonard de Vinci en 1500, a été acquise pour 540 millions de dollars par Mohammed ben Salmane le prince héritier d’Arabie Saoudite lors d’une vente chez Christie’s à New-York en 2015.

Un marché segmenté d’artistes cotés

Rétrospectivement, l’indice Artprice des prix de l’art contemporain (du marché secondaire), a progressé de 18,5% pour 2018. De son côté, UBS estime le chiffre d’affaire global (tous marchés confondus) à 67,5 milliards, soit une augmentation de 6% sur un an. Près de 16,5 milliards de dollars ont été déboursé pour des acquisitions dans des foires d’art, particulièrement prisées en Asie par les collectionneurs de Singapour et Hong Kong. Enfin, les ventes du marché primaire, qui comprend les marchands, courtiers et galeristes, ont progressé de 7% pour atteindre un volume de 35,9 milliards de dollars. Au palmarès des œuvres les plus chères, nous retrouvons les artistes Pop Art au bénéfice des meilleures cotes dont «le portrait de Mao» de Andy Warhol (vendue à 12,7 millions de dollars US à Hong Kong) ou encore «Nurse», de Roy Lichtenstein (acquise pour 95,4 millions de dollars US à New York).

Les amateurs d’art au budget plus modeste, en particulier la génération des millénials, se tournent principalement vers les ventes en ligne des sites spécialisés. Près de 6 milliards de ventes ont ainsi été effectuées via internet (soit 9% des ventes globales) qui porte principalement sur les pièces à moins de 5’000 dollars US.

Dans une deuxième partie, Allnews donnera quelques pistes pour débuter ses investissements dans le marché de l’art contemporain.

* Art Basel and UBS Global Art Market 2019 Report

Les superjobs de demain

D’ici 2025, les technologies numériques impacteront deux tiers des emplois. Peu disparaîtront réellement.

La révolution numérique est amorcée dans le monde du travail. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de la robotique, des technologies cognitives et de l’intelligence artificielle mais les responsables des départements de ressources humaines, soucieux de la pérennité des emplois, voient ces technologies d’un mauvais œil. Selon KPMG, deux tiers des métiers seront affectés dans les années à venir. Certains disparaitront au profit de nouveaux, mais selon les conclusions rassurantes de deux cabinets de consulting: la majorité ne disparaîtra pas, mais évoluera. Et ces techniques prometteuses les pourraient les rendre… plus humains.

L’AUTOMATISATION: UN AMALGAME DE TROIS SCIENCES

Selon un enquête de Deloitte, 85% des chefs d’entreprise incluront les technologies numériques dans leur modèle d’affaire et, comme corollaire, remettront en cause l’organisation de leurs ressources humaines. Derrière ces terminologies scientifiques, comment notre futur univers professionnel se dessinera-t-il?

L’intelligence artificielle, déjà sollicitée par 18% des sondés, émet des prédictions
grâce à l’apprentissage profond et les réseaux neuronaux. La robotique, déjà répandue chez 22% des entreprises sondées, utilise les drones et les robots dans la fabrication, et automatise les tâches routinières. Près de 30% des sociétés sont en train d’explorer de nouvelles possibilités. Les technologies cognitives (déjà utilisées par 19% des répondants mais dont 40% étudient de nouvelles applications) couvrent les machines d’apprentissage automatique qui comprennent le langage humain comme les chatbots (des softwares de conversation), ou encore, reconnaissent des formes pour les applications de conduite sans chauffeur. Enfin, l’intelligence artificielle, déjà sollicitée par 18% des sondés, émet des prédictions grâce à l’apprentissage profond et les réseaux neuronaux. Près de 50% des entreprises s’y intéressent de près.

Les entreprises ont déjà commencé à investir, mais les conclusions de l’étude de Deloitte sont rassurantes: peu de jobs disparaîtront réellement. Seulement 13% des entreprises interrogées estiment que l’automatisation en éliminera un nombre important. Par contre, ils évolueront. Dans ce nouveau contexte professionnel, les ressources humaines devront se mettre à jour.

VERS DES ACTIVITéS PLUS HUMAINES

Nos nouvelles fonctions seront moins machinales, plus numériques et multidisciplinaires. En somme, plus intéressantes.

Les superjobs se concentreront sur les compétences exclusivement humaines,
auxquels les robots ne pourront jamais se substituer.

Selon KPMG, la révolution numérique ne déshumanisera pas le travail. Près de 62% des répondants utilisent l’automatisation pour éliminer le travail transactionnel et remplacer les tâches répétitives alors que 47% la sollicitent pour améliorer les pratiques existantes et la productivité. Et 36% pour réinventer le travail…

A mesure que les machines remplaceront les humains dans l’exécution des tâches routinières et peu intéressantes, les superjobs se concentreront sur les compétences exclusivement humaines, auxquels les robots ne pourront jamais se substituer, comme la résolution des problèmes, la créativité, l’interprétation de données, la communication, l’écoute, le travail en équipe et la capacité à créer de nouvelles connaissances. Des emplois plus flexibles et évolutifs aux nouvelles nomenclatures telles que «designer», «architectes» ou «analystes».

Au sein des postes revus et remodelés, les employés conjugueront les nouvelles compétences techniques liées au numérique avec celles, non techniques des emplois traditionnels. Pour KPMG, 50% d’entre eux seront impactés effectivement dans leur bien-être, leur dignité et leur sentiment de valeur au sein de l’entreprise.

Nos jobs nécessiteront bientôt des compétences plus affinées. Il est temps de se mettre à jour…

KPMG: The rise of the human

Deloitte: Global Human Trend, June 2019

Le blues des millénials

Inquiets, pessimistes, désillusionnés: une étude de Deloitte dresse un portrait sombre des millénials.

 

© Keystone

 

La génération Y est perturbée. C’est la conclusion de la dernière enquête de Deloitte*, réalisée sur 24 pays auprès de 13’400 jeunes adultes nés dans les années quatre-vingt. En cause, les implications sociales des bouleversements technologiques. Selon Michele Parmele, Global Chief Talent Officer chez Deloitte, «de la récession économique à la quatrième révolution industrielle, les millénials ont grandi dans cette période unique où la connectivité, la vie privée, la mobilité sociale et le travail ont été chamboulés».

Baisse de confiance dans l’économie, le gouvernement et les médias

Malgré l’expansion économique, les progrès technologiques et l’amélioration des indicateurs de société, l’euphorie n’est pas au rendez-vous. Les millénials sont pessimistes sur l’avenir de l’économie mondiale et désabusés par les médias et les institutions politiques en place auxquels ils accordent peu de crédibilité. Symptomatique du malaise qui les habitent, ils sont plus préoccupés de l’état du monde et de la place qu’ils y occupent que ne l’étaient leurs parents.

L’étude relève également un scepticisme grandissant vis-à-vis du monde des affaires et de son leadership à l’heure où, pourtant, les opportunités professionnelles inédites s’intensifient et les «Chief Happiness Officers» se multiplient.

La philanthropie et les voyages ont pris le pas sur les désirs sociaux traditionnels comme l’immobilier et les enfants.

Pour Deloitte, des sentiments reflètent un mal-être plus profond qui est le moteur d’un besoin de changement sociétal. Les auteurs estiment que l’opinion des millénials à l’égard des entreprises s’est ternie parce qu’ils considèrent que ces dernières se concentrent trop sur leurs objectifs et insuffisamment sur leurs conséquences sociales. Au point où 49% des individus interrogés quitteraient leur emploi actuel s’ils en avaient la possibilité.

Paradoxalement, les millénials ne sont pas moins ambitieux que leurs aînés et plus de la moitié aspirent à devenir riches. Mais ils ont remis au goût du jour les marqueurs de succès. La philanthropie et les voyages (pour découvrir le monde ailleurs que sur leur smartphone?) ont pris le pas sur les désirs sociaux traditionnels comme l’immobilier et les enfants. Une autre enquête avançait même que la génération Y s’accouple moins que les précédentes. Il faut remonter aux années trente pour retrouver un tel phénomène. La faute aux réseaux sociaux?

Une dépendance aux réseaux sociaux

Ces jeunes adultes entretiennent une relation conflictuelle avec la technologie qu’ils ont adoptée dès leur plus jeune âge et dont ils comprennent pourtant aisément les avantages. Plus de la moitié des sondés ont répondu que les réseaux sociaux sont plus intrusifs que bénéfiques. Près des deux tiers ont confié qu’ils seraient en meilleure santé physique s’ils réduisaient le temps qu’ils y passaient. Plus éloquent encore, 60% ont déclaré qu’ils seraient plus heureux s’ils y consacraient moins de leur temps.

Soucieux de l’état du monde

Extrêmement préoccupés par le changement climatique et les problèmes environnementaux, les millénials auraient adapté leur façon de consommer (BIO) et d’investir (ESG) en soutenant les entreprises qui ont un impact positif sur la société. Les sondés ont majoritairement affirmé qu’ils n’hésiteraient pas à mettre fin à une relation commerciale si les pratiques de la société impliquée ne s’alignaient plus avec leurs valeurs.

La technologie a-t-elle évolué trop vite pour que les jeunes générations s’y adaptent sans tomber dans l’excès ? En dépeignant une génération perturbée, cette étude a le mérite de démontrer que progrès technologique et bonheur ne sont pas nécessairement synonyme.

Défendre le franc suisse, mais à quel prix?

Selon Thomas Jordan, les taux négatifs de la BNS pénalisent les fonds de pension, les banques et de nombreux produits d’épargne.

 

Thomas Jordan, Président de la direction générale de la BNS. ©Keystone

 

Lors de sa dernière assemblée générale, le 26 avril, la Banque nationale suisse (BNS) annonçait un bénéfice de 30,7 milliards de francs au premier trimestre, provenant principalement des réserves de devises étrangères (qui ont rapporté 29,3 milliards). Mais les résultats sur devises dépendent de conditions du marché sur lesquelles la Banque n’a aucune emprise. Pour mémoire, elle avait perdu 7 milliards en 2017.

L’institut monétaire intervient massivement sur les marchés des changes pour défendre la devise nationale d’une appréciation trop forte qui serait nuisible aux entreprises suisses exportatrices. Mais cette stratégie ne cesse de gonfler son bilan qui, selon le Président du conseil sortant, Jean Studer, a plus que doublé en sept ans (au 31 décembre 2018, il atteignait 817 milliards de francs). L’expansion du bilan contraint la BNS à renforcer continuellement ses fonds propres (et plus précisément la provision pour réserves monétaires, un volant de sécurité contre les pertes sur les devises lorsque les conditions de marché deviennent défavorables).

«La Suisse a résisté à la crise de ces 12 dernières années.»

Jean Studer s’est félicité de ce que «la Suisse ait résisté à la crise de ces 12 dernières années et que la politique monétaire non-conventionnelle reste appropriée ». Le taux d’intérêt appliqué aux avoirs à vue détenus à la BNS est fixé à – 0,75%. La BNS a ainsi permis à la Suisse de maintenir le cap grâce à sa politique de taux négatifs, mais au détriment des épargnants et de leur futur pouvoir d’achat.

Thomas Jordan, Président de la direction générale, observait par ailleurs que «les taux négatifs de la BNS pénalisent les performances des banques, des fonds de pension et de nombreux produits d’épargne». Cette politique a également favorisé des investissements immobiliers irréfléchis (dans une logique de financement bon marché) et élevé le niveau des prix des biens immobiliers, ce qu’Andréa Maechler, membre de la direction générale a justement souligné: «Les prix montent, le taux de vacance immobilière monte, cela crée un certain niveau de risque de correction des prix». Lorsque les taux redeviendront positifs, le marché hypothécaire pourrait imploser. Et les emprunts contractés, alors que le loyer de l’argent se renchérit, deviendront plus difficiles à rembourser. Est-ce cohérent avec le mandat de stabilité financière de la BNS?

L’institut monétaire reste déterminé
et exclut un retour rapide des taux positifs.

Les membres de la BNS sont lucides quant aux effets néfastes des taux négatifs. Mais pour l’instant, l’institut monétaire reste déterminé et exclut un retour rapide des taux positifs. Selon certains analystes, elle ne normalisera pas sa politique monétaire avant 2020. D’autant plus qu’elle reste dépendante des décisions de la Banque Centrale Européenne (BCE). Selon Irina Martin, économiste à la Banque Migros: «Il est très improbable que la BNS relève ses taux avant la BCE afin de ne pas rendre le franc plus attrayant par rapport à l’euro». Depuis décembre 2018, le franc s’est légèrement déprécié en valeur pondérée par le commerce extérieur. Mais à quel prix?

Le grand défi de la BNS sera donc de sortir de sa politique de taux négatifs en limitant la casse. Selon Jean-Paul Jeckelmann, CIO de la Banque Bonhôte, «avec un bilan de cette importance, des petits mouvements de 10% auront de gros effets. Cela pourrait créer aussi bien des secousses sur les marchés que des pressions politiques».

Volte-face de la Fed

Mardi, Donald Trump réclamait une baisse des taux d’intérêt. En vain. La Fed clôt mercredi sa troisième réunion du FOMC de l’année avec une annonce de statu quo. Elle prouve ainsi son indépendance vis-à-vis des pressions politiques persistantes du Président. Cependant, le volte-face de sa politique monétaire en l’espace de six mois est inédit.

En maintenant ses taux directeurs inchangés dans la fourchette comprise entre 2,25% et 2,5%, la Fed ne cède pas à Donald Trump qui lui reproche de freiner l’économie, alors que celle-ci est en excellente forme. Pour preuve, une croissance du PIB record au premier trimestre de 3,2% (au lieu de 2,3%) et un taux de chômage à 3,8%, le niveau le plus bas depuis des décennies, démontrent que l’économique américaine n’a pas besoin d’une ample baisse des taux comme le suggère Donald Trump dans son tweet de mardi: «Nous avons le potentiel de décoller comme une fusée si on abaissait les taux, d’un point par exemple».

L’institut monétaire observe néanmoins un ralentissement des dépenses de consommation des ménages et des investissements d’entreprises au premier trimestre. Il note aussi que l’ISM manufacturier a décliné à 52,8%, ce qui inquiète les marchés même si l’indicateur reste positif. D’après une analyse d’Eric Vanraes de la Banque Eric Sturdza, l’exploit du premier semestre est dû au gonflement des stocks (+0,65%) et à la bonne tenue des chiffres du commerce, aidés par une chute du déficit commercial (+1,03%).

Revenons sur la stratégie de la Reserve Fédérale. En octobre 2018, elle commençait à normaliser sa politique monétaire avec un premier tour de vis. En 2019, alors que, selon Jerome Powell «les taux étaient encore loin d’un niveau neutre», le consensus s’attend à 3 hausses consécutives. Mais le 20 mars, la Fed change de ton et lève le voile sur des préoccupations grandissantes: la faiblesse de l’inflation sous-jacente et des anticipations d’inflation (effectivement, les indices CPI et PCE (hors énergie et alimentation), sont en baisse depuis l’été 2018).

Assistons-nous à une simple pause dans le processus de normalisation monétaire ou à un revirement? La Fed réitère «qu’elle sera patiente dans la détermination des futurs ajustements des taux, surveillant l’évolution de l’inflation et les développements économiques mondiaux». Pour Axel Botte d’Ostrum Asset Management, cette non-action reflète l’attentisme de la Fed: «Jerome Powell cherche à gagner du temps en insistant sur l’inflation et la sempiternelle «incertitude» alors que le FOMC a déjà effacé trois hausses pour faire remonter les cours boursiers». Pour Franck Dixmier d’Allianz Global Investors, il s’agirait également d’une pause du programme de normalisation monétaire qui devrait perdurer jusqu’en 2020: «La Réserve fédérale s’installe dans une pause prolongée, ‘behind the curve’».

Le changement de cap du programme de la Fed, malgré une inflation qui se situe au-dessus de sa cible des 2%, n’échappe pas aux spécialistes. Pour Franck Dixmier, «la Fed semble se diriger vers une définition plus souple de son objectif d’inflation, en privilégiant une moyenne, qui consisterait à accepter un léger dépassement de l’objectif des 2% pour compenser les périodes d’inflation plus basses». Ce qui justifie que la Fed accepte une légère accélération de l’inflation en cas de surchauffe, sans pour autant changer sa stratégie de départ.

Le cycle de resserrement monétaire n’est donc pas achevé. Et les marchés n’ont pas apprécié les propos de Powell éloignant une perspective de baisse des taux directeurs. Suite à son annonce, la bourse américaine a viré au rouge alors que les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans se sont raffermis.

Comment investir en 2019?

 

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Déjà malmenés durant 2018, les investisseurs ont été privés du traditionnel «Christmas Rally». Après le «massacre» de Noël, les marchés ont rebondi sans regagner les pertes de décembre. Les principales places boursières ont clôturé l’année dans le rouge, entre -13,4% en moyenne sur les marchés développés contre -14,2% sur les marchés émergents* où les performances sont très dispersées (la bourse de Sao Paulo a gagné 15% alors que celle de Shenzhen a corrigé de -33,2%). Il n’y a pas que les actions qui ont été décevantes. Les obligations n’ont pas tenu leur rôle d’actif décorrélé et les matières premières (excepté le palladium), se sont fortement dévalorisées. A côté, dollar américain a brillé contre les autres devises.

Alors que les marchés sont proches de leurs cimes historiques, que les économies développées approchent de leur fin de cycle, sur fond de tensions (guerre commerciale, incertitudes politiques en Europe, ralentissement chinois), sied-t-il d’acheter des actions? Tout dépend de comment s’annonce le millésime 2019. S’inscrira-t-il dans la continuité de 2018, comme une année volatile et baissière? Ou, si les incertitudes se dissipent, les marchés progresseront-ils de manière latérale, voir haussière, menés par les bons fondamentaux des entreprises? Enfin, un scénario plus négatif se profile-t-il, avec une récession au tournant?

Pour en voir le cœur net, Allnews est allé à la rencontre de quatre stratèges pour sonder leurs perspectives 2019 en quatre questions clefs:

  • Quel est votre scénario central pour 2019?
  • Quels sont les risques à surveiller?
  • Quelles seront les opportunités d’investissement en 2019?
  • Quelle est votre allocation d’actifs dans ce contexte?

Le consensus est prudent sur un marché devenu plus incertain mais écarte un scénario catastrophe. Ainsi, les actions n’ont pas encore dit leur dernier mot. Swisslife met l’accent sur des stratégies de contrôle des risques alors qu’Aberdeen Standard Investments mise sur les actions japonaises. En revanche, alors que Decalia reste neutre sur la part actions, J.P. Morgan Asset Management y est légèrement sous-pondéré et s’est retranché dans les liquidités en dollars.

Deux choses sont certaines: l’ère du «Goldilock» est bel et bien révolu et un nouveau régime de volatilité, auquel les investisseurs vont devoir d’habituer, s’est installé. La vigilance et l’agilité seront les facteurs décisifs pour naviguer sur ces marchés.

Meilleurs voeux pour 2019!

La jeunesse éternelle : deuxième partie

Investir dans le prolongement de la vie est un placement durable. 

 

 

Depuis le début de l’année, l’indice Nasdaq Biotechnology Index (NBI) s’est élevé de près de 12% et le SXI Life Science (valeurs suisses) a progressé de 12,40%. Ces indices englobent les sociétés de biotechnologie moléculaire qui visent à inverser les effets du vieillissement cellulaire. Dans une première partie, nous avions abordé ces techniques du futur dont le marché est estimé à 900 milliards de dollars.

Dans ce deuxième volet, nous identifions quelques biotechs, parmi les plus prometteuses. Rappelons en préambule que ces start-up sont pour l’essentiel dans le stade initial de leur cycle de vie: la recherche et le développement. Elles ne génèrent pas encore de revenus ou de cashflow. Les programmes sur lesquels elles travaillent sont soumis à trois longues phases de tests cliniques.

La FDA (Food and Drug Administration)  américaine édicte des normes strictes en la matière avant d’approuver des médicaments sur le marché américain. Des organismes similaires régissent sur les autres marchés. Lors de l’évaluation du potentiel de ce type sociétés, ce sont donc leurs aspects qualitatifs tels que leurs portefeuilles de produits et leurs pipelines qui priment sur les données purement financières. La facilité de leur accès à des fonds, la solidité de leur financement, l’expérience de leurs dirigeants dans la mise en commercialisation de produits pharmaceutiques, et leurs partenariats constituent d’autres paramètres clefs pour leurs premiers succès.

Sept sociétés – privées ou publiques – sont dans les starting-blocks pour devenir les acteurs-clé de cette prochaine révolution biologique.

Calico, la collaborative

Calico (California Life Company) a été fondée par Larry Page, CEO de Google, en 2013. Elle appartient entièrement à sa maison mère Alphabet. Ce qui lui donne la particularité de disposer de ressources financières et de capacités en recherche et développement digne d’une grande société pharmaceutique. Elle a récemment investi dans le séquençage d’ADN et la biologie computationnelle, un vaste programme permettant de générer des algorithmes avec les données scientifiques.

Calico explore la génétique du vieillissement chez les êtres humains ainsi que dans une variété d’organismes modèles, de la levure aux vers en passant par les taupes et les rats. Au-delà de la génétique, elle se concentre aussi sur certaines caractéristiques du vieillissement comme les protéases, les réactions au stress cellulaire, l’énergie cellulaire, la sénescence et les télomères. Ses domaines thérapeutiques comprennent l’oncologie, la neuro-dégénérescence, les inflammations chroniques et les dysfonctionnements métaboliques liés à l’âge. Secrète, elle ne publie pas d’informations précises sur son pipeline. Elle se distingue par sa philosophie de partenariat avec des instituts universitaires et d’autres sociétés car, pour cette startup basée à San Francisco, la collaboration reste la clef de la réussite. Son partenariat récent avec la société pharmaceutique AbbVie lui a donné accès à des techniques de chimie médicale comme la production de protéines, le criblage de médicaments et la biologie structurelle pour accélérer le développement de ses programmes thérapeutiques. Son CEO, Arthur D. Levinson est un éminent biologiste et l’ancien CEO de Genentech, pionnière dans l’industrie biotechnologique. Il est également président du conseil d’administration de Hoffman-La Roche (actionnaire unique de Genentech) et de Apple.

Le potentiel de Unity Biotechnology  

Unity Biotechnology (UBX) a été fondée en 2009 et sa capitalisation boursière est proche de 700 millions de dollars. Cette société californienne, cotée sur le Nasdaq, développe des médicaments sénolytiques. Ils visent à éliminer les cellules sénescentes pour traiter des maladies liées à l’âge, comme l’arthrose avec sa molécule l’UBX0101, qui a atteint la première phase clinique et dont les données des tests sont attendues pour le premier semestre 2019. Elle cible aussi les maladies oculaires comme le glaucome et la dégénération maculaire avec des études sur l’UBX1967, ainsi que les maladies pulmonaires et les dysfonctions mitochondriales.

Principe des médicaments sénolytiques d’Unity

Grâce à son domaine d’expertise inédit capable de cibler différentes maladies, son pipeline est varié. Ses molécules ne sont qu’en phases préliminaires de R&D, mais leur potentiel reste des plus important. Parallèlement, elle a aussi entrepris un programme de recherche pour régénérer des organes sur la base de l’ADN humain.

Unity dispose d’une trésorerie de 30 millions et compte Jeff Bezos (CEO d’Amazon) et Peter Kiel (CEO de PayPal) parmi ses investisseurs. Actuellement, le consensus des analystes recommande ce titre à l’achat, avec un objectif régulièrement revu à la hausse de 27,3 dollars.

Nanobiotix, pionnière de la nano-médecine

La société française Nanobiotix (NANO) a été créée en 2003. Sa capitalisation dépasse 300 millions d’euros.

Sa mission est de changer la donne en oncologie grâce à une approche fondée sur la physique, une industrie nouvelle dans le domaine de la santé. Elle développe une classe de produits NBTXR, basé sur sa technologie propriétaire de NanoXray, une innovation reposant sur le mode d’action des nanoparticules pour maximiser l’absorption des rayons X à l’intérieur des cellules cancéreuses.

En juin, la société a réussi des essais cliniques sur des sujets humains des phases II/III du NBTXR3, le premier produit de sa classe dans les sarcomes des tissus mous. Ce produit a été conçu pour détruire les cellules cancéreuses lorsqu’il est activé par la radiothérapie. Il devrait être décliné dans sept indications en oncologie. Nanobiotix cible ainsi un marché de plus de 9 millions de patients. Des nouvelles publications sont attendues sur les cancers de la tête, du cou, du foie et de la prostate.

Samumed, la plus grande biotech privée

Samumed est une société privée fondée en 2007. Son objectif est de construire une large plate-forme technologique et elle a su capitaliser sur sa capacité à réaliser une vision unique et à long terme. Sa valorisation est estimée à 12 milliards de dollars. Ce chiffre est basé sur le potentiel de sa technologie Wnt pour inverser le cours des maladies liées à l’âge.

Plus précisément, cette biotech de San Diego développe des petites molécules pour le traitement du cancer et des maladies dégénératives. Le SM04690, un inhibiteur de petite taille de la voie Wnt est administré par injection intra-articulaire pour le traitement de l’arthrose du genou. Ce programme arrive en phase III. Elle a également présenté des données précliniques positives sur le SM07883, un inhibiteur expérimental par voie orale en cours de développement pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Samumed applique également sa technologie d’activation du Wnt aux traitements du cancer du côlon, des maladies dégénératives discales et de la tendinopathie, ainsi qu’aux cosmétiques afin d’effacer les rides; un diffférent marché bénéficiant également d’un très fort potentiel.

Elle s’est aussi engagée dans la recherche sur la régénération des tissus. Ce programme tente de régénérer le cartilage du genou des patients atteints d’arthrose, une maladie qui touche 30 millions d’Américains. S’il réussit, ce pourrait être le premier traitement pour faire repousser le cartilage. L’alopécie masculine en est un autre domaine d’application.

Pipeline de SAMUMED

En août, Samumed a levé 438 millions de dollars ce qui porte ses fonds propres à 650 millions. Ces apports de capitaux devraient lui permettre de passer du développement à la commercialisation de produits qui se déclinent dans une variété d’indications.

Denali combat les affections du cerveau

L’entreprise californienne Denali therapeutics (DNLI), cotée à 19,5 sur le Nasdaq, a été fondée en 2013 par Ryan J. Watts et Alexander Schuth. Elle développe un portefeuille de produits thérapeutiques pour les maladies neurodégénératives. Ses sept programmes comprennent des recherches sur la fonction lysosomale, la biologie gliale et l’homéostasie cellulaire pour cibler les maladie d’Alzheimer et de Parkinson.

Son portefeuille de molécules consiste en inhibiteurs DNL201 et DNL151 qui font l’objet d’essais cliniques de phase 1 pour la maladie de Parkinson. Elle développe également le DNL747, une petite molécule sélective et pénétrante du cerveau, en phase 1 des essais cliniques pour la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique. De plus, elle développe la LF1, une protéine pour traiter la neuro-dégénérescence, et la DNL788, une autre petite molécule candidate pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Enfin, Denali travaille également sur un programme qui cible une protéine génétiquement liée à la maladie de Parkinson

En janvier Danali a conclu un partenariat d’envergure avec la société japonaise Takeda pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en plus de ses autres partenariats avec Genentech, F-star et AbCellera Biologics. Avec une capitalisation boursière de près de 2 milliards de dollars, elle possède 436 millions en trésorerie et affiche un dernier chiffre d’affaire de 25,7 millions avec un EBIT négatif de 114 millions. Le consensus des analystes est positif sur ce titre avec un objectif à 23,8 dollars.

Crispr, une biotech suisse cotée au Nasdaq

Crispr Therapeutics  (CRSP), dont le siège est à Zug, a été fondée en 2014 par Rodger Novak, Emmanuelle Charpentier et Shaun Patrick Foy.

Elle propose une technologie pour modifier les gènes défectueux. Elle se consacre ainsi au développement et à la commercialisation de thérapies dérivées d’édition de génomes. Sa plateforme thérapeutique brevetée CRISPR/Cas9 permet d’apporter des changements précis et dirigés à l’ADN génomique dans le cas de cinq indications médicales, lui offrant ainsi un pipeline très varié.

Portefeuille de CRISPR

CASEBIA est une joint-venture conclue avec Bayer pour élargir son portefeuille de produits.

Entre 2016 et 2017 , ses ventes ont augmenté de 694%. En 2018 son chiffre d’affaire s’est établi à 9 millions de dollars pour un EBIT négatif de 135 millions et ses liquidités atteignent 215 millions. Cotée sur le Nasdaq, sa capitalisation boursière est  supérieure à 2 milliards. L’objectif de cours des analystes est de 66,9 dollars.

Amazentis, la nutrition au service de la jeunesse

Les compléments alimentaires pour atténuer les effets de l’âge représentent un marché alternatif très lucratif. La société suisse Amazentis s’y positionne avec sa molécule phare, l’Urolithin A, en cours de développement. Cette molécule vise à inverser le déclin musculaire lié à l’âge en améliorant l’activité des mitochondries – le moteur des cellules – pour optimiser la fonction musculaire.  La société a été fondée par Patrick Aebischer, ancien Président de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Chris Rinsch et Pierre Landolt, Président de la fondation Sandoz. Elle compte aussi Ernesto Bertarelli, André Hoffmann et le banquier Thierry Lombard parmi ses investisseurs. Elle a achevé en mars une ronde de financement de série C pour un montant de 8,4 millions de francs suisses afin de financer deux études cliniques de l’AMAZ02 en phase 2 en Amérique du Nord.

les Enjeux de l’allongement de la vie

Ces biotechs promettent d’être bientôt en mesure de faire perdurer la jeunesse. Ce qui aura comme conséquence directe d’accroître l’espérance de vie. La question de l’impact d’une progression soutenue des séniors sur les systèmes sociaux reste ouverte. Si une population âgée en meilleure santé est également plus productive et pour plus longtemps, les défis sociaux et réglementaires restent à résoudre…

La jeunesse éternelle ? Première partie

A la Silicon Valley, la recherche en biologie moléculaire visant à ralentir, arrêter voire inverser les effets liés au vieillissement cellulaire, est en effervescence. La jeunesse éternelle n’est pas un fantasme nouveau mais les percées scientifiques actuelles sont saisissantes. De ce fait, des investissements massifs abondent sur les sociétés de biotechnologie en phase préclinique promettant une «qualité de vie ajustée». Car c’est bien de cela dont il s’agit: prolonger la vie en bonne santé. Ces thérapies de l’avenir, bien qu’à leur balbutiement, sont les prémisses d’un sursis de jeunesse.

Pour entrer en matière, nous aborderons dans cette partie, certaines techniques en gardant en tête que cette discipline se développe à un rythme très lent. Dans un second volet, nous identifierons les futurs acteurs de cette révolution biologique. Rappelons simplement ici que la capitalisation de marché cumulée des biotechs américaines et européennes se situait aux environs de 863 milliards de dollars en 20171.

LE MARCHÉ COLOSSAL D’UNE POPULATION VIEILLISSANTE

Environ 8,5% de la population mondiale est âgée de plus de 65 ans. Mais la société vieillit. D’ici 2030, cette tranche représentera 1 milliard d’individus et d’ici 2050, elle aura doublé de taille. La durée de vie maximale est actuellement établie à 115 ans. A chaque décennie, l’espérance de vie s’est rallongée de 2 ans et demi. Ce qui revient à dire que depuis le début du XXe siècle, elle s’est majorée de 30 ans, d’où une augmentation inévitable des maladies liées à l’âge. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les principales causes de décès dans les pays développés sont les cardiopathies ischémiques (insuffisances cardio-vasculaires dues aux rétrécissements des artères coronariennes) et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Source: Organisation mondiale de la Santé

Par tranche d’âge, le cancer (tous types confondus) est la première cause de mortalité auprès de la population au-dessus de 45 ans. Chez les plus de 65 ans, il s’agit des affections cardiaques.

Quels sont les stigmates de l’âge? C’est l’ADN qui s’étiole, les mitochondries qui s’altèrent, le système endocrinien qui s’endort, les organes sensoriels qui déclinent, les artères qui s’entravent et le cerveau qui s’embrume. Les cellules s’oxydent et le système général faibli, devenant un terrain propice aux maladies. La médecine biomoléculaire aspire à agir sur ces paramètres afin de prolonger la durée de vie en bonne santé, avec comme corolaire, une augmentation de la longévité. La mort attendra encore un peu.

DES PROGRAMMES DE RECHERCHE LES PLUS SINISTRES AUX PLUS PROMETTEURS

Le sang jeune est considéré, autant dans les mythes que par certains cercles transhumanistes, comme un élixir de jouvence. Les premières transfusions de sang pour régénérer les cellules vieillissantes remontent aux années 1950. Mais les expérimentations se soldèrent avec une fin tragique : un professeur, s’étant injecté le sang d’un étudiant atteint de malaria et tuberculose, serait ironiquement décédé des suites de ces maladies. Depuis, une étude datant de 2014, publiée par la prestigieuse Université de Harvard, a remis l’idée au goût du jour. La start-up américaine Ambrosia propose des injections de plasma d’adolescents pour 8’000 dollars. Tout personne au-dessus de 35 ans et prête à payer ce prix pour un shot de juvénilité, est éligible en tant que cobaye au programme de recherche de la firme californienne. En espérant sincèrement qu’il n’aboutisse pas, au risque de rentrer dans un monde où le plasma d’enfants devienne un antidote convoité, ouvrant ainsi la porte à d’inquiétants marchés noirs.

Il faut attendre les années 1990 pour assister à l’essor des programmes de manipulation génétique. Les premières expériences sur des nématodes ont été concluantes et la durée de vie de ces vers de terre avait été multipliée par 10. Celles sur des rats de laboratoire ont permis de doubler leur espérance de vie. Bien que les différences entre les codes génétiques de ces espèces et des êtres humains semblent infinies, ces expérimentations ont ravivé les espoirs de la communauté scientifique. Faut-il pour autant rechercher un allongement de la vie à tout prix? Rappelons-nous de l’histoire du prince troyen Tithon, condamné au dessèchement éternel. Diminuer les symptômes liés au processus cellulaire vieillissant ne semble-t-il pas plus indiqué?

Les traitements en pipeline dans les biotechs se distinguent entre ceux qui assurent la jeunesse des cellules et ceux qui soignent directement les maladies dégénératives. L’arrêt du cycle cellulaire, la sénescence, est l’une des causes les plus étudiées du vieillissement. Suite à un stress biologique, comme l’oxydation ou une brèche de l’ADN, certaines cellules cessent de se diviser et deviennent sénescentes, sécrétant une protéine toxique qui contamine les cellules adjacentes, provoquant ainsi des inflammations dans le corps et la dégradation des tissus. Les médicaments sénolytiques seraient capables d’entraver ce processus en éliminant les cellules touchées. Jusqu’à présent, ces substances n’ont pas été testées sur des êtres humains mais sont considérées pour traiter l’arthrose, les maladies ophtalmologiques et les affections pulmonaires.

Plus intrusive, la thérapie génique cible directement les gènes responsables du vieillissement cellulaire en y insérant un fragment d’ADN modifié. Plus concrètement, le système CRISPR, un outil de génie génétique cible des séquences répétées dans l’ADN afin de le rectifier. Cette édition de génome permettra de soigner le cancer et d’offrir des traitements médicaux personnalisés. Néanmoins, comme toute forme de manipulation génétique, le CRISPR a aussi soulevé un certain nombre de questions éthiques.

Les télomères, dont la découverte a valu le prix Nobel à Élisabeth Blackburn en 2009, sont des boucliers qui protègent les extrémités des chromosomes. Or, ces protections raccourcissent avec les années jusqu’au point de devenir trop courts pour permettre la reproduction cellulaire. D’ailleurs, leur longueur permettrait une approximation de l’espérance de vie. Les enzymes télomérases assurent leur croissance et ces dernières sont également impliquées dans un grand nombre de cancer. En préservant les télomères, il serait possible de maintenir l’information génétique intacte et de diminuer les risques de maladies associées à l’âge.

Enfin, les thérapies neurodégénératives consistent en des greffes de cellules souches pour combattre directement les affections cérébrales – souvent irréversibles – telles que les maladies d’Alzheimer et Parkinsons.

LES VOIES ALTERNATIVES

A côté des avancés biologiques, la nanotechnologie permettra à la future génération de matériel médico-chirurgical d’émerger. D’ici 10 ans, les nanobots modifieront la prise en charge des cancers. Il s’agit des nano-robots circulant dans le sang et capables de réparer des lésions de l’ADN. La nano-médecine quant à elle, peut déjà transporter des molécules directement dans les zones cibles. La technologie NBTXR3 permet des injections effectuées au cœur des cellules cancéreuses. Actuellement utilisée pour les cancers des tissus mous, cette technologie devra bientôt être transposée à d’autres types de pathologies cancéreuses.

A plus court terme, les compléments alimentaires, qui répondent aux besoins de consommateurs toujours plus soucieux de leur vitalité, pourraient offrir des perspectives intéressantes. L’urolithin A, une substance découverte en Suisse, est capable de régénérer les mitochondries. Ces organites sont des producteurs d’énergie cellulaire et leur déclin est responsable de la dégénération musculaire. Cette molécule, considérée plus puissante que la vitamine C, n’est pas encore commercialisée mais a été synthétisée à partir d’un nutriment présent dans la grenade. D’autres molécules sont également étudiées pour leur propriété anti-âge telles que le résveratrole présent notamment dans le raisin – et le vin – mais déjà commercialisé dans l’industrie cosmétologique et la curcumine (présente dans le curcuma, une épice indienne), ainsi que les enzymes NAD+ et NMN.

La majorité des techniques mentionnées ne sont qu’à leur phase préliminaire. Du temps et de la patience seront nécessaires avant qu’elles n’arrivent à maturité. Les programme de recherches des biotechs sont soumis à de longues phases cliniques. Dans la prochaine partie, nous identifierons les sociétés cotées les plus prometteuses. En attendant la disponibilité de ces techniques d’avenir, conserver sa jeunesse n’a rien de révolutionnaire: consommez suffisamment de fruits et légumes pour leurs propriétés antioxydantes, évitez le stress, et, bien sûr, bannissez le tabac et les zones de conflit…

1 EY Biotechnology report 2017 – Beyond borders – Staying the course

Investir dans le nouvelle route de la soie – Dernière partie

L’initiative Belt and Road a un impact positif tant sur les marchés actions que sur l’obligataire. Mais attention au surendettement.  

 

© Kystone
Lors d’un premier épisode, nous avions apporté un éclairage sur le cadre géographique de l’initiative Belt and Road (BRI). Dans une deuxième partie, nous avions évoqué les rouages complexes du système financier tentaculaire monté par la Chine pour financer l’initiative. Nous abordons aujourd’hui les opportunités d’investissement ouverts par la nouvelle Route de la Soie.
LA CRÉATION D’UNE ZONE ÉCONOMIQUE DU FUTUR

L’initiative Belt and Road, financée principalement par la dette souveraine ou quasi-souveraine, soutient des pays affichant des notes de crédit de faible qualité, spéculatives, voire inexistantes. Dans ces conditions, il convient de s’interroger sur leur capacité à repayer leurs dettes. Cependant, il s’agit d’une opportunité unique pour stimuler leurs économies et créer, à terme, un écosystème dynamique. Les grands marchés de l’initiative (la Russie, l’Indonésie, la Corée du Sud, la Turquie, l’Iran, la Thaïlande, Taiwan et la Pologne), ouvrent leur bras aux investisseurs internationaux. Mais ce sont les économies les plus modestes – et les bien moins notées – qui en recueilleront les fruits le plus rapidement. Dans cette troisième et ultime partie, nous survolerons certaines opportunités d’investissement du thème de la nouvelle Route de la Soie.

DES PRIMES DE CREDIT EN AMELIORATION

Les restrictions d’investissement, les lois anti-trust et les règles locales environnementales sont des barrières à la bonne marche des projets. Mais l’instabilité politique demeure – avec le défaut de paiement – un risque majeur. Au Sri Lanka, le dernier changement de gouvernement a retardé un projet d’installation portuaire à Colombo. Malgré les financements importants en jeu, les attitudes hostiles persistent face aux investisseurs chinois. Leurs méthodes ne sont pas au goût de tous. Ainsi, Islamabad s’est rétracté sur la construction d’un barrage à cause des conditions imposées. Au Népal, un autre projet de barrage hydro-électrique a avorté pour des raisons similaires. C’est donc avec la plus grande prudence que l’on investit sur la dette souveraine des pays de l’initiative. De plus, dans le cas des plus vulnérables, les prêts chinois amplifieront leur ratio de dette sur PIB à des niveaux où le remboursement pourrait devenir encore plus problématique.

Selon Invesco, les nouvelles obligations émises par les pays de la BRI vont offrir (en comparaison d’échéances et de ratings similaires) des rendements plus élevés que sur les marchés matures grâce aux revenus escomptés des projets d’infrastructures et, à moyen terme, de ceux qui s’y rattacheront ultérieurement. D’ailleurs, d’après leurs recherches, la tendance des écarts de crédit est en nette amélioration depuis 2016 , ce qui réduit le coût du capital.

Source: Invesco, Bloomberg

A titre d’exemple pour des obligations souveraines libellées en USD, la République d’Indonésie (échéance 2020), revalorisée l’an dernier à BBB, offre un coupon de 5,875% alors que le Kazakhstan (échéance 2042) pour un rating identique, offre un coupon de 9,95%.

La Chine investit massivement sur le couloirs économique sino-pakistanais. Elle a octroyé 55 milliards de dollars US au Pakistan, propulsant ainsi son ratio d’endettement publique au-delà d’un seuil critique. Malgré cela, ses écarts de crédit n’augmentent pas car la Chine vise à métamorphoser cette région en une zone économique dynamique. Pour ce faire, elle construit une installation portuaire à Gwadar, des pipelines, des réseaux autoroutiers et des trains à grande vitesse, et enfin, compte installer des câbles de fibre optique. Depuis 2015, le Pakistan bénéficie d’un rating B. A titre indicatif, il a émis une obligation en dollar US (échéance 2036), assortie d’un coupon de 6,75%.

PRIVILEGIER LA DETTE EN DEVISE FORTE

Paradoxalement, nous n’assistons pas à une dé-dollarisation de la région eurasiatique. Du côté des investisseurs,  les émissions en dollar restent très prisées pour leur liquidité. Certains souhaitent aussi s’immuniser contre les fluctuations du renminbi. Du côté des émetteurs, le dollar permet d’attirer des capitaux étrangers avec plus de facilité. Enfin, rappelons-nous que l’initiative consiste également à recycler les réserve de changes chinoises.

Les banques commerciales chinoises commencent aussi à émettre sur de nouvelles places boursières. Les banques d’État ont émis la plus grande portion de la dette. Sur les places boursières offshore, il est possible d’investir sur les Kung-Fu bonds, des titres libellés en dollar US émis par des entités chinoises. Dorénavant, via le bonds connect, les investisseurs institutionnels internationaux pourront avoir accès au marché obligataire continental interbancaire chinois via la bourse de Hong-Kong. En quête de capitaux internationaux, les banques commerciales chinoises commencent aussi à émettre sur de nouvelles places boursières. En 2017, Bank of China, a émis 700 millions d’obligations libellées en euro au Luxembourg. Elles sont aussi friandes de devises. Cette année, BOC a émis un Floating Rate Note (FRN) pour l’équivalent de 3 milliards de dollars US en dix tranches incluant du dollar US, de l’euro, mais aussi du dollar australien, du dollar néo-zélandais et du dollar singapourien.

Les investisseurs les plus aventureux souhaitant s’exposer à la devise chinoise peuvent accéder aux Dim Sums, des obligations en renminbi émises sur les places boursières offshore. China Construction Bank a émis en 2015 une obligation Belt and Road Infrastructure pour 1 milliard de renminbi (soit 152 millions de dollars US) cotée à Singapour. Les rendements moyens escomptés sur les banque d’État notées single A, pour des maturités de trois et dix ans sont de 3,86% et 3,50% respectivement mais les banques vont réduire progressivement leurs émissions car leur bilan sont déjà fortement impactés par les prêts de faible qualité (Non Performing-Loans) domestiques.

Surfant sur la tendance de la finance durable, les banques chinoises émettent des obligations vertes à l’instar de ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) qui a lancé le One Belt One Road Green Climat Bond en dollar US et en EUR pour l’équivalent de 2,15 milliards de dollars US.  Cette émission financera une large palette de projets dans l’énergie renouvelable, les technologies à faible empreinte carbone et la gestion durable de l’eau.

Environ une cinquantaine de contrats ont été remportés par des entreprises d’État.

Enfin, les banques multilatérales de développement comme l’AIIB (Asian Infrastructure and Investment Bank) ou la NDB (New Development Bank) qui jouissent du meilleur rating (AAA), n’ont regrettablement pas encore émis beaucoup d’obligations. Elles semblent endosser un rôle de fournisseur de capitaux plutôt que de bénéficiaire. Néanmoins, NDB a émis un emprunt à faible liquidité de 3 milliards de renminbi à échéance 2021 dont le rendement actuel est de 3,85%. AIIB, de son côté, a annoncé une première émission de 1 milliard de dollar US dans le courant de l’année. Pour l’instant, elle a émis sur le marché monétaire des euro commercial papers libellés en dollar US.

LES INFRASTRUCTURES ET L’ENERGIE: SECTEURS PORTEURS A MOYEN TERME

Environ une cinquantaine de contrats ont été remportés par des entreprises d’État, ce qui leurs donne accès à des régions où elles ne partaient avec aucun avantage concurrentiel. China Railway Group a ainsi remporté deux contrats de construction au Nigeria. Mais tout les projets ne leur seront pas destinés car elles ne maitrisent pas (encore) toutes les technologies. Elles sont aussi en concurrence avec des entreprises coréennes, japonaises et les multinationales occidentales. Ainsi, Siemens Honeywell, GE, ABB, Caterpillar et Boeing se sont mis sur les rangs. Cette concurrence internationale va forcer les entreprises d’État à améliorer leurs pratiques et leur transparence. La Chine souhaite les transformer en acteurs internationaux de premier ordre. Mais cela se fera au prix de réformes importantes. Sinohydro et China State Construction Engineering font déjà partie de la première génération opérant hors de leur frontière.

Les entreprises privées (POE) sont aussi dans la course. Shanghai Challenge Textile est présente au Pakistan, Envision Energy a contribué à un projet d’énergie renouvelable au Monténégro, l’incontournable Tencent a effectué des acquisitions en Inde alors que Country Garden est sur un projet de ville forestière en Malaisie.

Les entreprises chinoises implantées à l’étranger vont tirer parti des nouvelles infrastructures. Par exemple, la Chine construit des parcs industriels de la Malaisie à l’Éthiopie afin de délocaliser dans des régions où les coûts de production sont plus bas et de contourner les barrières tarifaires d’importation.

Des pipelines et des gazoducs à l’instar de celui entre la Chine et le Turkménistan sortent de terre. Les infrastructures énergétiques (incluant des réseaux électriques transnationaux) et les énergies renouvelables sont les cibles prioritaires des fonds multilatéraux. Des entreprises issues de l’industrie nucléaire se diversifient dans les nouvelles énergies, à l’instar de China National Nuclear et China General Nuclear qui ont remporté deux contrats au Pakistan en Malaisie. Enfin, le secteur pétrolier et gazier au coeurs des préoccupations géoéconomiques pour assurer l’approvisionnement énergétique considérable de l’Empire du Milieu. Des pipelines et des gazoducs à l’instar du celui entre la Chine et le Turkménistan sortent de terre. Sinopec et China National Petroleum Corporation ont raflé les premiers contrats en Afrique et en Asie Centrale. D’autres projets avec la Russie sont en cours.

Enfin, les société actives dans le transport, la logistique et le fret comme China Cosco Holding, l’un des plus grands armateurs mondiaux de porte-conteneurs ainsi que les sociétés allemandes DHL et DB Shenker, déjà bien implantées, ont les atouts nécessaires pour soutenir ces nouvelles activités commerciales.

INVESTIR DANS LES SOCIETES CHINOISES

Alors qu’une majorité d’actions sont cotées sur les places boursières continentales à Shanghai ou Shenzhen (classe A), certaines le sont également à Hong-Kong (classe H) en dollar hongkongais (arrimé au dollar US), destinées aux investisseurs offshore. Depuis la création du Stock Connect reliant les bourses de Hong Kong à celles de la Chine continentale, les actions A sont devenues partiellement accessibles aux actionnaires internationaux.  Enfin, certaines grandes valeurs sont disponibles en dollar US sur les places boursières américaines sous forme d’ ADRs.

Comment les sélectionner? Selon Aman Kamel, gérant du fonds actions Synchrony sur le thème des nouvelles routes de la soie, le niveau de gouvernance des actions chinoises de classe A est inférieur à celui des actions cotées à Hong Kong et les frais de courtage y sont plus élevés. Mais la répartition sectorielle n’y est pas identique. Les valeurs financières et technologiques sont très concentrées sur l’indice Hang Seng Entreprises (Hong-Kong) alors que les valeurs industrielles, les matériaux de base et l’énergie sont mieux représentées sur le Shanghai Composite. D’ailleurs, bien que les bourses chinoises aient sérieusement sous-performé les marchés occidentaux (Shenzhen: -20,18, Shanghai -15,48 et Hang Seng -5,26), il y a une forte dispersion des performances et ce sont les secteurs liés à l’initiative BRI qui semblent le mieux résister. Les valeurs industrielles sur Shanghai Composite (qui incluent les activités d’infrastructure) sont restées stables alors que sur Hong-Kong, les performances du secteur de l’énergie et des fournisseurs d’énergie sont de 15,51% et 4,0% respectivement.

D’ici 2025, Baker McKenzie estime que l’initiative s’étendra à d’autres secteurs comme la production industrielle, la technologie, l’immobilier et la télécommunication qui prospèreront grâce aux premiers investissements. Les entreprises locales en tireront aussi avantage. D’autres naîtront de cette initiative, notamment dans le cadre de fusions et acquisitions eurasiatiques. D’ailleurs, les entreprises chinoises ont déjà commencé à prendre des participations stratégiques dans la production d’uranium au Kazakhstan. De ce nouveau centre de gravité économique, des opportunités inimaginables émergeront avec les années. Mais pour l’heure, ce projet à long terme construit les fondations du paysage économique du futur.