La jeunesse éternelle : deuxième partie

Investir dans le prolongement de la vie est un placement durable. 

 

 

Depuis le début de l’année, l’indice Nasdaq Biotechnology Index (NBI) s’est élevé de près de 12% et le SXI Life Science (valeurs suisses) a progressé de 12,40%. Ces indices englobent les sociétés de biotechnologie moléculaire qui visent à inverser les effets du vieillissement cellulaire. Dans une première partie, nous avions abordé ces techniques du futur dont le marché est estimé à 900 milliards de dollars.

Dans ce deuxième volet, nous identifions quelques biotechs, parmi les plus prometteuses. Rappelons en préambule que ces start-up sont pour l’essentiel dans le stade initial de leur cycle de vie: la recherche et le développement. Elles ne génèrent pas encore de revenus ou de cashflow. Les programmes sur lesquels elles travaillent sont soumis à trois longues phases de tests cliniques.

La FDA (Food and Drug Administration)  américaine édicte des normes strictes en la matière avant d’approuver des médicaments sur le marché américain. Des organismes similaires régissent sur les autres marchés. Lors de l’évaluation du potentiel de ce type sociétés, ce sont donc leurs aspects qualitatifs tels que leurs portefeuilles de produits et leurs pipelines qui priment sur les données purement financières. La facilité de leur accès à des fonds, la solidité de leur financement, l’expérience de leurs dirigeants dans la mise en commercialisation de produits pharmaceutiques, et leurs partenariats constituent d’autres paramètres clefs pour leurs premiers succès.

Sept sociétés – privées ou publiques – sont dans les starting-blocks pour devenir les acteurs-clé de cette prochaine révolution biologique.

Calico, la collaborative

Calico (California Life Company) a été fondée par Larry Page, CEO de Google, en 2013. Elle appartient entièrement à sa maison mère Alphabet. Ce qui lui donne la particularité de disposer de ressources financières et de capacités en recherche et développement digne d’une grande société pharmaceutique. Elle a récemment investi dans le séquençage d’ADN et la biologie computationnelle, un vaste programme permettant de générer des algorithmes avec les données scientifiques.

Calico explore la génétique du vieillissement chez les êtres humains ainsi que dans une variété d’organismes modèles, de la levure aux vers en passant par les taupes et les rats. Au-delà de la génétique, elle se concentre aussi sur certaines caractéristiques du vieillissement comme les protéases, les réactions au stress cellulaire, l’énergie cellulaire, la sénescence et les télomères. Ses domaines thérapeutiques comprennent l’oncologie, la neuro-dégénérescence, les inflammations chroniques et les dysfonctionnements métaboliques liés à l’âge. Secrète, elle ne publie pas d’informations précises sur son pipeline. Elle se distingue par sa philosophie de partenariat avec des instituts universitaires et d’autres sociétés car, pour cette startup basée à San Francisco, la collaboration reste la clef de la réussite. Son partenariat récent avec la société pharmaceutique AbbVie lui a donné accès à des techniques de chimie médicale comme la production de protéines, le criblage de médicaments et la biologie structurelle pour accélérer le développement de ses programmes thérapeutiques. Son CEO, Arthur D. Levinson est un éminent biologiste et l’ancien CEO de Genentech, pionnière dans l’industrie biotechnologique. Il est également président du conseil d’administration de Hoffman-La Roche (actionnaire unique de Genentech) et de Apple.

Le potentiel de Unity Biotechnology  

Unity Biotechnology (UBX) a été fondée en 2009 et sa capitalisation boursière est proche de 700 millions de dollars. Cette société californienne, cotée sur le Nasdaq, développe des médicaments sénolytiques. Ils visent à éliminer les cellules sénescentes pour traiter des maladies liées à l’âge, comme l’arthrose avec sa molécule l’UBX0101, qui a atteint la première phase clinique et dont les données des tests sont attendues pour le premier semestre 2019. Elle cible aussi les maladies oculaires comme le glaucome et la dégénération maculaire avec des études sur l’UBX1967, ainsi que les maladies pulmonaires et les dysfonctions mitochondriales.

Principe des médicaments sénolytiques d’Unity

Grâce à son domaine d’expertise inédit capable de cibler différentes maladies, son pipeline est varié. Ses molécules ne sont qu’en phases préliminaires de R&D, mais leur potentiel reste des plus important. Parallèlement, elle a aussi entrepris un programme de recherche pour régénérer des organes sur la base de l’ADN humain.

Unity dispose d’une trésorerie de 30 millions et compte Jeff Bezos (CEO d’Amazon) et Peter Kiel (CEO de PayPal) parmi ses investisseurs. Actuellement, le consensus des analystes recommande ce titre à l’achat, avec un objectif régulièrement revu à la hausse de 27,3 dollars.

Nanobiotix, pionnière de la nano-médecine

La société française Nanobiotix (NANO) a été créée en 2003. Sa capitalisation dépasse 300 millions d’euros.

Sa mission est de changer la donne en oncologie grâce à une approche fondée sur la physique, une industrie nouvelle dans le domaine de la santé. Elle développe une classe de produits NBTXR, basé sur sa technologie propriétaire de NanoXray, une innovation reposant sur le mode d’action des nanoparticules pour maximiser l’absorption des rayons X à l’intérieur des cellules cancéreuses.

En juin, la société a réussi des essais cliniques sur des sujets humains des phases II/III du NBTXR3, le premier produit de sa classe dans les sarcomes des tissus mous. Ce produit a été conçu pour détruire les cellules cancéreuses lorsqu’il est activé par la radiothérapie. Il devrait être décliné dans sept indications en oncologie. Nanobiotix cible ainsi un marché de plus de 9 millions de patients. Des nouvelles publications sont attendues sur les cancers de la tête, du cou, du foie et de la prostate.

Samumed, la plus grande biotech privée

Samumed est une société privée fondée en 2007. Son objectif est de construire une large plate-forme technologique et elle a su capitaliser sur sa capacité à réaliser une vision unique et à long terme. Sa valorisation est estimée à 12 milliards de dollars. Ce chiffre est basé sur le potentiel de sa technologie Wnt pour inverser le cours des maladies liées à l’âge.

Plus précisément, cette biotech de San Diego développe des petites molécules pour le traitement du cancer et des maladies dégénératives. Le SM04690, un inhibiteur de petite taille de la voie Wnt est administré par injection intra-articulaire pour le traitement de l’arthrose du genou. Ce programme arrive en phase III. Elle a également présenté des données précliniques positives sur le SM07883, un inhibiteur expérimental par voie orale en cours de développement pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Samumed applique également sa technologie d’activation du Wnt aux traitements du cancer du côlon, des maladies dégénératives discales et de la tendinopathie, ainsi qu’aux cosmétiques afin d’effacer les rides; un diffférent marché bénéficiant également d’un très fort potentiel.

Elle s’est aussi engagée dans la recherche sur la régénération des tissus. Ce programme tente de régénérer le cartilage du genou des patients atteints d’arthrose, une maladie qui touche 30 millions d’Américains. S’il réussit, ce pourrait être le premier traitement pour faire repousser le cartilage. L’alopécie masculine en est un autre domaine d’application.

Pipeline de SAMUMED

En août, Samumed a levé 438 millions de dollars ce qui porte ses fonds propres à 650 millions. Ces apports de capitaux devraient lui permettre de passer du développement à la commercialisation de produits qui se déclinent dans une variété d’indications.

Denali combat les affections du cerveau

L’entreprise californienne Denali therapeutics (DNLI), cotée à 19,5 sur le Nasdaq, a été fondée en 2013 par Ryan J. Watts et Alexander Schuth. Elle développe un portefeuille de produits thérapeutiques pour les maladies neurodégénératives. Ses sept programmes comprennent des recherches sur la fonction lysosomale, la biologie gliale et l’homéostasie cellulaire pour cibler les maladie d’Alzheimer et de Parkinson.

Son portefeuille de molécules consiste en inhibiteurs DNL201 et DNL151 qui font l’objet d’essais cliniques de phase 1 pour la maladie de Parkinson. Elle développe également le DNL747, une petite molécule sélective et pénétrante du cerveau, en phase 1 des essais cliniques pour la maladie d’Alzheimer et la sclérose latérale amyotrophique. De plus, elle développe la LF1, une protéine pour traiter la neuro-dégénérescence, et la DNL788, une autre petite molécule candidate pour le traitement de la maladie d’Alzheimer. Enfin, Denali travaille également sur un programme qui cible une protéine génétiquement liée à la maladie de Parkinson

En janvier Danali a conclu un partenariat d’envergure avec la société japonaise Takeda pour le traitement de la maladie d’Alzheimer en plus de ses autres partenariats avec Genentech, F-star et AbCellera Biologics. Avec une capitalisation boursière de près de 2 milliards de dollars, elle possède 436 millions en trésorerie et affiche un dernier chiffre d’affaire de 25,7 millions avec un EBIT négatif de 114 millions. Le consensus des analystes est positif sur ce titre avec un objectif à 23,8 dollars.

Crispr, une biotech suisse cotée au Nasdaq

Crispr Therapeutics  (CRSP), dont le siège est à Zug, a été fondée en 2014 par Rodger Novak, Emmanuelle Charpentier et Shaun Patrick Foy.

Elle propose une technologie pour modifier les gènes défectueux. Elle se consacre ainsi au développement et à la commercialisation de thérapies dérivées d’édition de génomes. Sa plateforme thérapeutique brevetée CRISPR/Cas9 permet d’apporter des changements précis et dirigés à l’ADN génomique dans le cas de cinq indications médicales, lui offrant ainsi un pipeline très varié.

Portefeuille de CRISPR

CASEBIA est une joint-venture conclue avec Bayer pour élargir son portefeuille de produits.

Entre 2016 et 2017 , ses ventes ont augmenté de 694%. En 2018 son chiffre d’affaire s’est établi à 9 millions de dollars pour un EBIT négatif de 135 millions et ses liquidités atteignent 215 millions. Cotée sur le Nasdaq, sa capitalisation boursière est  supérieure à 2 milliards. L’objectif de cours des analystes est de 66,9 dollars.

Amazentis, la nutrition au service de la jeunesse

Les compléments alimentaires pour atténuer les effets de l’âge représentent un marché alternatif très lucratif. La société suisse Amazentis s’y positionne avec sa molécule phare, l’Urolithin A, en cours de développement. Cette molécule vise à inverser le déclin musculaire lié à l’âge en améliorant l’activité des mitochondries – le moteur des cellules – pour optimiser la fonction musculaire.  La société a été fondée par Patrick Aebischer, ancien Président de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Chris Rinsch et Pierre Landolt, Président de la fondation Sandoz. Elle compte aussi Ernesto Bertarelli, André Hoffmann et le banquier Thierry Lombard parmi ses investisseurs. Elle a achevé en mars une ronde de financement de série C pour un montant de 8,4 millions de francs suisses afin de financer deux études cliniques de l’AMAZ02 en phase 2 en Amérique du Nord.

les Enjeux de l’allongement de la vie

Ces biotechs promettent d’être bientôt en mesure de faire perdurer la jeunesse. Ce qui aura comme conséquence directe d’accroître l’espérance de vie. La question de l’impact d’une progression soutenue des séniors sur les systèmes sociaux reste ouverte. Si une population âgée en meilleure santé est également plus productive et pour plus longtemps, les défis sociaux et réglementaires restent à résoudre…

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