Investir dans la nouvelle route de la soie – Partie 2

La Chine a conçu un système financier tentaculaire qui inclut l’appel aux capitaux privés.

Lors d’un premier épisode, nous avions apporté un éclairage sur le cadre géographique de l’initiative Belt and Road (BRI). Plus de 1’700 projets d’infrastructures ont déjà été recensés le long de la nouvelle route de la soie . Dans cette partie, nous résumerons les rouages complexes qui amalgament des accords bilatéraux, des institutions financières internationales, des banques d’Etat et des fonds souverains chinois. Ce plan titanesque ambitionne également d’attirer des capitaux privés.

 

Un écosystème sophistiqué 

La Chine a été l’investigatrice du financement de la BRI en allouant les premiers prêts, notamment pour la construction de gazoducs en Asie centrale, d’installations portuaires au Sri Lanka ainsi que de chemins de fer et de réseaux autoroutiers en Afghanistan. Disposant d’une réserve de devises colossale investie en bons du trésor américain, elle peut ainsi, par l’intermédiaire de l’initiative, recycler ses excédents commerciaux dans des projets avec un retour sur investissement non négligeable. Car il ne s’agit pas – à proprement parler – d’aide aux pays en voie de développement, mais bien d’une opération commerciale et économique qui pourrait stimuler le PIB mondial à hauteur de 12%. D’ailleurs, les prêts chinois accordés (dans le cadre d’accords bilatéraux) à des pays dont le rating est de qualité médiocre, ont été assortis de clauses de garanties drastiques comme celles exigées sur les ressources naturelles africaines. Notons que, selon Bloomberg, plus de la moitié des pays sur la nouvelle route de la soie sont assortis d’une note de crédit de qualité «junk», ou même inexistante comme l’Afghanistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Myanmar ou le Laos.

Cependant, la Chine ne compte pas assumer à elle seule l’intégralité du financement de la BRI. Les autres pays se mobilisent aussi. Dans ce sens, le gouvernement chinois a entrepris un travail diplomatique significatif pour constituer des institutions internationales et pour se lier par des accords bilatéraux avec de nouveaux partenaires commerciaux tels que l’Inde et la Russie. Le vaste système financier qu’elle a mis sur pied distingue les capitaux destinés aux projets d’infrastructures dans les pays de la BRI (financés par les banques multilatérales) de ceux à l’intention des entreprises chinoises, soutenus par les banques commerciales étatiques et les fonds souverains chinois.

Jusqu’à présent, les quatre plus grandes banques commerciales d’Etat (Industrial and Commercial Bank of China, Agricultural Bank, China Construction Bank et Bank of China) ainsi que la China Development Bank (premier émetteur de «dim sum» dont les émissions représentent le quart du marché obligataire en renminbi) et l’EXIM Bank, ont levé la plus grande partie des fonds. Mais à mesure que le projet gagne en envergure, ces fonds doivent être relayés par d’autres sources pour éviter une concentration excessive des risques. Rappelons que les banques commerciales chinoises sont déjà sujettes à une sérieuse problématique de prêts domestiques de mauvaise qualité qui pèsent sur leurs bilans.

D’ici 2030, selon une étude de Baker Mckenzie, la moitié des projets de la BRI seront financés par des banques multilatérales, des gouvernements étrangers mais aussi par des capitaux privés dont des gérants de fonds traditionnels et alternatifs. Les banques commerciales chinoises n’ont pas encore acquis assez d’expérience dans l’évaluation des risques de crédit sur les projets transfrontaliers et devront donc s’allier avec des banques locales et globales. En outre, pour attirer les investisseurs privés internationaux, elles auront besoin du savoir-faire des banques internationales capables de structurer des projets attractifs. En attendant, la demande d’assurances contre les risques de défaut de crédit reste forte.

 

Le fonds souverains Silk Road Funds, dont 100 milliards de dollars supplémentaires viennent d’être alloués, est financé entièrement par les réserves de changes. L’audit préalable de chaque décision est exigeant. Il porte sur la stabilité des pays et les cadres légaux. Les inefficiences des gouvernements sont étudiées avec soin. Le Pakistan a bénéficié de leurs premiers investissements stratégiques. Autre acteur d’importance, le fonds d’investissement Silkroad Gold se concentre exclusivement sur les projets d’extraction minière.

S’affranchir des institutions américaines

L’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) constituée en 2015 dans le cadre de cette initiative, ambitionne de rivaliser avec les anciennes institutions sous leadership américain comme le WTO et le FMI, à qui, la Chine reproche de minimiser le poids des pays émergents. Ainsi, l’AIIB, notée AAA et dotée d’un capital de 100 milliards de dollars, comptait à ses début 57 pays membres fondateurs. Aujourd’hui, le nombre total des membres a augmenté à 83. Ses trois priorités sont les investissements durables, la connectivité transfrontalière et la mobilisation des capitaux privés.

Les pays hors Asie, en Europe et en Afrique notamment, ont contribué à hauteur de 25% du capital. Les droits de vote sont attribués selon la pondération de plusieurs facteurs dont le PIB du pays membre et sa contribution au fonds. Ainsi, 75% des droits de vote sont réservés aux pays asiatiques, donnant ainsi aux plus petits une prépondérance de vote dans la sélection des projets. Mais la Chine (29,8 milliards) se réserve la part du lion, loin devant l’Inde (8,4 milliards) et la Russie (6,5 milliards). Viennent ensuite l’Allemagne (4,5 milliards) et la Corée du Sud ex aequo avec l’Australie (3,7milliards). La Suisse, qui s’est aussi intéressée aux perspectives offertes aux sociétés helvètes, a contribué à hauteur de 700 millions de dollars.

Relevons que les Etats-Unis et le Japon n’y participent pas. Certains pays «clients» d’Europe de l’Est et d’Asie centrale ne sont pas non plus membres. En fait, l’institution ne compte que 7 membres parmi ses clients.

A ce jour, l’AIIB a approuvé six projets, principalement en Inde et dans le domaine de l’énergie. Cinq d’entre eux ont été cofinancés en partenariat avec l’ADB (Asian Development Bank), l’EDB (Eurasian Development Bank) ou encore la Banque Mondiale.

Bien que ce système financier favorise les entreprises d’Etat chinoises pour l’obtention des contrats de chantier, la concurrence avec les entreprises privées chinoises et les multinationales les obligeront à adopter les meilleures pratiques et à devenir plus transparentes.  Notons toutefois que, contrairement à d’autres institutions, l’AIIB ne limite pas les appels d’offres à certains pays. Enfin, les entreprises locales vont profiter directement des flux d’investissement. D’ailleurs, certaines places boursières, à l’instar d’Astana au Kazakhstan, s’organisent déjà pour accueillir ces flux.

La BRI est une opportunité sans précédent pour les pays d’Asie centrale, du Sud-est asiatique et d’Europe de l’Est. Il est probable que ses retombées économiques se feront ressentir plus rapidement sur les économies de taille modeste, mais elles sont aussi plus exposées aux risques.

Dans un prochain – et dernier – volet de cette courte série sur la Route de la Soie, nous nous attacherons à identifier quelques opportunités d’investissements.

 

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